Risposte cinglante des éditeurs anglais : Amazon en rogne

Clément Solym - 08.04.2008

Edition - Economie - Amazon - éditeurs - anglais


Dans la guerre des prix que se livrent les éditeurs et Amazon, ce dernier vient de prendre un méchant camouflet. Penguin, Bloomsbury viennent en effet de casser leurs tarifs en encourageant les lecteurs à acheter directement sur leurs propres sites pour décourager les férus du cybermarchand.

Deux exemples frappants

Penguin a lancé les hostilités avec son coffret de livres épiques (contenant l'épopée de Gilgamesh, l'Odyssée, etc.) pour 55 £ au lieu de 100, quand Amazon le vend 98,24 £. De même, Bloomsbury offre 25 % de réduction sur tous ses livres, et des frais de port gratuits à partir de 20 £ de commande.



Pourtant, Amazon dispose d'un contrat qui lui recommande de verser 50 % du prix que l'éditeur demande pour un livre. Ainsi, il pourrait crier vengeance et ne plus payer que la moitié du prix demandé sur les offres discount affichées sur les sites des éditeurs.

Un mauvais pari ?

Dans sa lutte acharnée pour prendre la tête des ventes de livres, un auteur seul ne peut pas grand-chose. Mais Amazon fait également face à la concurrence des libraires, comme Borders qui développent leur activité en ligne. Car finalement, le cybermarchand est gagnant, puisque les éditeurs jouent son jeu de la baisse des prix, jeu de dupe dans lequel il semble assuré de sortir vainqueur.

D'un autre côté, la prise d'otage exercée par BookSurge continue de planer et a hier encore provoqué la réaction de la Guild of Authors. Si l'éditeur ne passe pas par le service de Publication à la Demande d'Amazon, ce dernier a déclaré qu'il supprimerait le bouton "acheter" des livres de la maison, empêchant le consommateur de se procurer l'ouvrage.

L'avènement du discount

Car si dans un premier temps, Amazon semble avoir contribué à attirer des lecteurs, en pratiquant des prix plus bas, les éditeurs ne sauront encaisser ces rabais indéfiniment. Et le Net Book Agreement, pendant de la loi Lang anglaise, qui a été abandonné en 1995, n'assure plus aucune protection ni sécurité pour les maisons. Autant dire que le loup a deux bonnes pattes dans la bergerie.

L'optique d'Amazon semblerait de considérer que les éditeurs, en tant que fabricants n'ont plus à fixer le tarif de leur marchandise.

Une porte de sortie inespérée : la loi

Simon Juden, directeur exécutif de la Publishers Association, représentant 140 éditeurs, précise que les termes du contrat qui lient les éditeurs ne sauraient être si simplement modifiés. « Ils en peuvent être unilatéralement modifiés. À mon avis, Amazon se mettrait en rupture de contrat s'il tentait de le faire », ajoute-t-il, concernant la réaction au prix discount pratiqué par les éditeurs.

Précisons en effet que la réduction accordée à Amazon est basée sur le prix public conseillé. Or, si Amazon venait à modifier son attitude sur le pourcentage reversé, ce ne pourrait être qu'en prenant le prix affiché sur les sites pour l'officiel, ce qui est passablement impossible : l'éditeur précise bien le prix réel, et mentionne en dessous la réduction pratiquée.

Le consommateur dans le traquenard des Amazones...

Or, le fait est que les consommateurs ne prennent absolument pas conscience de ce qui se trame avec Amazon, et semblent ne pas saisir les conséquences d'un tel développement autant que du pouvoir accru que s'octroie le cybermarchand. Ses pratiques outre-Manche et outre-Atlantique ne manqueront pas d'avoir des incidences fâcheuses pour dire le moins, sur les librairies, les éditeurs et les auteurs. Mark le Fanu de la Society of Authors le dit : « Les réductions exigées par la grande distribution ont augmentées considérablement, amenuisant en conséquence les revenus des auteurs. Nous espérons que les éditeurs pourront résister aux pressions qui les poussent à augmenter plus encore les réductions. »

En France, Thierry Wolton avait pris la parole pour signifier que la gratuité des frais de port pratiquée par Amazon était dans l'ordre des choses, et que la Loi Lang est un combat d'arrière-garde. Faut-il en arriver aux extrémités de ce qui se trame chez nos voisins anglais pour saisir que le livre ne saurait être une marchandise comme les autres ?