Rivaliser avec Amazon ? Impossible : nous, nous payons des taxes

Clément Solym - 07.01.2016

Edition - Economie - Amazon taxes - concurrence commerces - finances impôts


2014 s’achevait sur les revendications anti-Amazon, dénonçant la politique d’optimisation fiscale de la firme américaine. En 2015, le sujet était toujours aussi vivace, et 2016 a décidé de prolonger le plaisir. Le patron des magasins John Lewis, au Royaume-Uni, enfonce le clou, en parlant de concurrence déloyale. 

 

via ITV

 

 

Les multinationales étrangères, dont Amazon n’est que l’une des illustrations, ne payent pas l’impôt sur les sociétés, alors que les commerçants locaux si. C’est en substance ce que déplore Andy Street, patron de John Lewis. Une injustice crasse, qui rend la concurrence entre les entreprises faussées, et confère un avantage injuste aux sociétés web.

 

« Pour deux entreprises qui réalisent le même profit, l’une paye l’impôt sur les sociétés au taux du Royaume-Uni, l’autre non, parce qu’elle prétend avoir son siège social dans un autre pays », assure Andy Street. Selon lui, les tentatives du gouvernement pour rééquilibrer les forces existent, mais la réforme n’a pas encore eu d’effet. 

« C’est important parce que la société qui s’acquitte de ses taxes a, bien sûr, moins de possibilités d’investir dans son avenir, et dans une période où le commerce du détail évolue si vite, c’est un facteur de distinction essentiel. »

 

Le problème fiscal posé par les GAFA existe toujours, et ne conduirait alors qu’à une seule conclusion : les commerces britanniques vont baisser les bras. Avec 40 % du chiffre d’affaires de John Lewis réalisé en ligne – mais 1,2 % de recul des ventes en magasin – John Lewis voudrait investir plus. Mais impossible, en regard des taxations qui sévissent. 

 

Au cours de l’année passée, le gouvernement britannique a pris des mesures pour enrayer l’évasion fiscale des multinationales, en introduisant un impôt sur les bénéfices détournés. L’adoption de nouvelles législations visant à plus de transparence dans les comptes, et recherchant une meilleure collaboration internationale avait d’ailleurs fait grand bruit. 

 

De meilleurs comptes feraient de meilleurs amis

 

En effet, mi-juin, on apprenait qu’Amazon n’avait versé que 11,9 millions £ de taxes pour l’année 2014. Parallèlement, elle enregistre une croissance de ses ventes au Royaume-Uni de plus de 14 % pour atteindre 5,3 milliards £. 

 

Pour ce faire, la firme profitait abondamment de sa filiale luxembourgeoise (Amazon EU), qui lui permettait de prétendre que ses ventes britanniques (près de 5,3 milliards £, soit 9,4 % de ses ventes globales) étaient réalisées au Luxembourg plutôt qu’au Royaume-Uni, et ainsi de se soustraire à l’impôt britannique. Dans le même temps, Amazon.co.uk fournissait « des services d’exécution et de support d’entreprise » à la filiale luxembourgeoise, bien plus modeste en effectif et chiffre d’affaires (de 679 millions £). 


La société n’est d’ailleurs pas du tout la seule mise en cause. Il y aurait près de 25 milliards £ à récupérer auprès des GAFA – et en réalité, ce montant ne serait d’ailleurs qu’une infime partie. En réalité, le tout se chiffrerait à 120 milliards £ d’écart fiscal entre les sommes dues, et celles perçues. Et au premier rang des sociétés qu’il a dans le viseur, les traditionnels Google, Amazon et Starbucks. 

 

Suite aux pressions exercées par quatre pays européens, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, la firme de Jeff Bezos avait fini par céder un peu de terrain. En mai 2015, elle annonçait très fièrement la régularisation d’une partie des taxes réclamées. 

 

« Nous révisons régulièrement la structure de notre entreprise pour nous assurer que nous sommes en mesure de mieux servir nos clients et fournir des produits et services supplémentaires », déclare un porte-parole de la société. Qui refuse toutefois de donner des explications sur ce brutal changement de comportement.

 

Au cours de l'année 2013, Amazon avait enregistré une hausse de 14 % de son chiffre d'affaires européen, à 13,6 milliards €.