Rivegauchez-vous ! L'indignation, pour ceux que ça intéresse

Clément Solym - 27.08.2012

Edition - Les maisons - satire - ironie - industrie du livre


Maudit sois-tu, Saint-Germain des Près, quartier parisien honni et jalousé, par des générations d'auteurs. Et maudit plus encore, toi, lecteur, qui néglige la littérature « les écrivains et écrivaines de Paris », eux qui font la LITTERATURE, depuis la capitale centre du monde, des arts, des lettres et des pigeons. Ah, comment pouvait-on vivre, ignorant, de cette souffrance qui ronge des générations d'auteur/es ?

 

 

 

 

Il fallait que ce fut écrit, et une certaine Natacha Braque s'y est collée. La voici, dans un format proche de L'indignez-vous de Stéphane Kessel, et qui a eu la cote en librairies, partie dans une apologie de ce qui est LA littérature. « J'écris, pour, surtout, ne pas ne pas écrire », revendique notre joyeuse anonyme, racontant son mal du siècle, indifférent à la cause.

 

Un manifeste qui a tout d'une grande oeuvre, bien entendu, car il vient du coeur, quand bien même celui-ci serait sec et rabougri comme une pomme longtemps oubliée au soleil. 

 

Cri du coeur, manifeste, brûlot, signal de détresse, tract de la dernière chance, ce livre est tout cela à la fois mais bien plus encore… Parce que la révolte n'est pas réservée aux indignés, la mythique Natacha Braque part en guerre pour sauver la littérature de Saint-Germain-des-Prés avec pour mot d'ordre : « Libraires, éditeurs, citoyens lecteurs… tous ensemble, tous ensemble ! »

 

À la première lecture, et unique, l'initié/e sourit de retrouver ici une journaliste d'un grand quotidien, là quelques auteurs égratignés, avec plus ou moins d'audace. L'introduit/e y découvrira quelques anecdotes non sans rapport avec ses propres expériences. Rivalité mesquine, plagiats sans vergogne, jalousie et autres condescendances, c'est certain, le milieu germanopratin en prend pour son grade.

 

Le tout dans un style très égocentré - faut bien prêcher pour sa paroisse, et son nombril - agrémenté de citations d'autorités en matière de livres. Bref, du satirique qui ne se cache pas d'être pauvrement habillé, manière d'allier le fond et la forme, pour dénoncer avec plus de force encore l'indénonçable. Ou plutôt, ce dont on se fout éperdument qu'il soit dénoncé.

 

Attention, cependant : il sera conseillé de lire le livre avec un mémo des meilleures ventes, un bottin modain du star system éditorial, auteurs, éditeurs et journalistes compris, pour s'assurer d'en profiter pleinement. Difficile de savoir qui peut bien intéresser un pareil bouquin, si ce n'est son auteur, encore que, vu la platitude... 

 

Alors, un revers d'ironie cinglant pourrait sauver l'ensemble, démontrant qu'il y a ici plus qu'un pamphlet, mais un acte d'autodérision suprême. Sans pour autant donner plus de consistances au livre qui manque tout à la fois d'intelligence, de choses plus diablement croustillantes et d'autres petites choses. Ainsi, p.22, on peut lire : 

 

Je viens de publier « LPO» et elle [NdR : Camille Laurens] vient de sortir « Romance nerveuse », un roman à trousseau de clés qui fait beaucoup de bruit chez ceux qui savent de quoi elle parle.

 

On en est un peu là, avec Rivegauchez-vous !; qui laisse, en outre, le désagréable sentiment que n'importe qui dans le milieu serait en mesure de rédiger la même chose... 

 

4,99 € en papier, 2,99 € en numérique, paru aux Editions de l'Opportun