Arabie saoudite : interdire la traduction tchèque des Versets sataniques

Nicolas Gary - 10.10.2015

Edition - International - Salman Rushdie - République tchèque - Arabie saoudite


Non seulement l’Iran menace de boycotter la plus grande manifestation professionnelle de l’édition à cause de lui, mais désormais, l’Arabie saoudite et la République tchèque menacent de se déchirer pour l’un de ses livres ? Salman Rushdie sait définitivement faire l’unanimité, en liguant le monde entier contre lui.

 

riyadh

edward musiack, CC BY SA 2.0

 

 

L’ambassadeur tchèque en Arabie saoudite a été convoqué, alors que le Royaume a découvert le pot aux roses. Un éditeur tchèquea mis en vente en avril dernier une nouvelle traduction de Les versets sataniques, chose que les autorités saoudiennes ne peuvent supporter. « Ce livre est offensant pour les musulmans et l’islam », assure-t-on : et de convoquer ainsi le représentant du pays, pour une séance d'explications.

 

Dans une déclaration publique, le Royaume a demandé à l’ambassadeur de dénoncer la traduction de ce livre, que publie la maison Paseka. Les Saoudiens expriment ainsi « leur désapprobation à l’idée de traduire ce livre » et espèrent que le gouvernement tchèque en fera cesser rapidement la publication. « Le Royaume demande que la religion et la culture ne soient pas insultées, d’aucune manière que ce soit », indique l’agence Reuters.

 

On rappelle toujours combien le lancement de cet ouvrage fut accompagné d’affrontements – et de la mort notamment de son traducteur japonais. La fatwa que l’ayatollah Khomeini avait déclenchée l’année de la parution, en 1988, avait consacré Les versets sataniques comme un livre banni dans une partie du monde musulman. 

 

Le traducteur tchèque a d’ailleurs travaillé sous le pseudonyme de Jan O. Tichý. Une première version du roman était parue en tchèque en 1994, ùmais il devenait nécessaire de la réviser pour améliorer la version notoirement mauvaise de la première édition. 

 

Le ministre des affaires étrangères tchèque a officiellement répondu aux Saoudiens que la République disposait de ses propres lois – et qu'elle seraient respectées. Lubomir Zaoralek a assuré que le gouvernement n’avait aucune intention d’intervenir, et moins encore contre ce roman. « Nous n’avons aucune raison de réagir, parce qu’il existe la liberté de la presse et d’expression, et que nous n’avons pas à changer notre attitude sur ce point. » (via Idnes)

 

 

 

Il semble que le livre ait déjà connu un certain succès, puisque depuis avril, les 5000 exemplaires du premier tirage auraient tous été achetés. La réaction saoudienne intervient avec un petit train de retard. Depuis Riyad, l’ambassadeur tchèque pas fait plus de commentaires.

 

Il restera encore la position de l’Iran à infléchir, avant mercredi, date de la 67e Foire de Francfort. « Les responsables ont choisi pour thème la liberté d’expression, mais ont invité quelqu’un qui a insulté nos croyances (...). Les offenses de Salman Rushdie et de certains caricaturistes sont une violation de la liberté d’expression », affirmait Seyed Abbas Salehi, ministre de la Culture et du Culte et de l’orientation islamique.