RJ Ellory pris en flagrant délit d'autopromotion

Clément Solym - 03.09.2012

Edition - International - RJ Ellory - polars et thrillers - faux commentaires Amazon


Pour l'auteur des Anonymes, la morsure de l'ironie est glaciale : RJ Ellory, écrivain prolifique et gros vendeurs de polars, a été pris la main sur le clavier ou presque, coupable de poster des critiques dithyrambiques sous pseudonyme de ses propres livres sur Amazon... mais aussi de descendre en flammes ses concurrents par le même procédé. La Crime Writers Association et ses membres sont sous le choc.

 

 

Autobio ou thriller ?

 

Et pour cause : Ellory est un adhérent de longue date de l'organisme qui rassemble les plus grandes plumes du roman policier british sous l'égide de Peter James, mais également un des ambassadeurs du genre à l'international. Le voir recourir à des méthodes d'écrivain débutant plus que de mauvais flic est forcément décevant, même si les faits eux-mêmes remontent à 2008.

 

À l'époque, RJ Ellory poste sur Amazon des critiques laudatives - et le mot est faible - de ses propres ouvrages, sous deux identités factices. Le 25 avril 2008, il juge ainsi que A Quiet Belief in Angels (traduit par Seul le Silence en France) « est un des livres les plus émouvants » qu'il lui ait été donné de lire. Il termine même son commentaire en partageant sa pensée après lecture de l'ouvrage : « Wow, ce livre est incroyable, il m'en faut plus ! » Un cas de schizophrénie avéré, et un dialogue cocasse entre Ellory et un bienveillant « Jelly Bean »...

 

Sous la même identité ou celle de « Nicodemus Jones », l'auteur britannique ne s'est pas privé de pourrir les évaluations de ses confrères, toujours sur Amazon. À propos de Dark Blood, signé par l'écossais Stuart McBride, il assure qu'il n'aurait « pas pu s'ennuyer plus » qu'à la lecture de l'ouvrage : la rentrée littéraire sera visiblement sanglante, puisque le commentaire n'a cette fois pas plus d'un mois.

 

C'est un homme de 38 ans qui a révélé la supercherie, en s'astreignant « à un peu de recherche et aux méthodes d'un détective » ! Il faut dire qu'Ellory n'avait pas les mains propres : il signait parfois ses commentaires d'un « Roger » forcément confondant, tandis qu'une de ses critiques se terminait par la mention de son site internet officiel...

 

« Les commentaires récents - à la fois positifs et négatifs - que j'ai postés sur mes comptes Amazon relèvent de mon unique responsabilité » a répondu par email RJ Ellory aux demandes d'explications. « Vous créez ce réseau de personnages pour parler de votre livre, et parfois cela se termine en conversation avec vous-même. » Quand on entend des voix, logique qu'elles prononcent plutôt des louanges...

 

Quelques confrères d'Ellory ont dénoncé la pratique, à l'instar de Susan Hill, qui prédit de longues années d'errance pour l'accusé : 

 

Le procédé est généralement inverse : celui de la critique, largement favorable, laissée sur tel ou tel site marchand, mais pour laquelle il a fallu payer. La Crime Writers Association a pour sa part annoncé la création prochaine d'un code moral destiné à ses membres : les ripoux, une menace pour les romans policiers ?