Robert Darnton (Harvard) : le livre n'est pas mort

Clément Solym - 16.09.2009

Edition - Société - Robert - Darnton - Harvard


Voilà typiquement le discours rassurant pour les uns, stérile pour les autres. Ou alors le monde est-il tombé sur la tête ? Robert Darnton affirme dans Publisher's Weekly que le livre n'est pas mort. Pour le directeur de la bibliothèque universitaire d'Harvard, qui publie un nouveau livre, The Case for Books, à paraître en octobre, c'est tout le contraire.

Dans une tribune libre, Robert entame avec un peu d'humour quand on lui parle de la mort du livre, il pense aux toilettes de la bibliothèque. On y trouve le tag suivant : « Dieu est mort, signé Nietszche » et en réponse « Nietszche est mort, signé Dieu ». La blague est éculée. Mais illustre bien le propos : « Selon Bowker, 700.000 nouveaux titres ont été publiés dans le monde en 1998, 859.000 en 2003 et 976.000 en 2007. » Et on en attend 1 million pour 2009 en dépit de la crise.

Dieu et Nietszche peut-être, mais le livre...

En clair : non, le livre n'est pas mort. Arrêtez donc un peu. Et non, les nouvelles technologies ne tueront pas le livre. « Chaque âge a été une période d'information, chacune à sa manière », explique Bob, pour qui les angoisses liées aux lecteurs ebooks et autres appareils de lecture sont excessives. « Nous présentons 'l'ère de l'information', comme si elle n'avait pas existé dans le passé. » Certes les progrès de Gutenberg sont aujourd'hui améliorés, mais de là à craindre...

Numériser et démocratiser

Reprenant l'idéologie des Lumières, Bob fait état de leur vision, d'un monde sans frontières culturelles, et ouvert à ceux qui savaient lire et écrire, il constate que nous avons plus que progrès. Au XVIIIe siècle, l'alphabétisation n'est pas le problème majeur pour lire : c'est l'achat de livres lui-même qui coûte. De nos jours, 25 € pour une première édition, ça reste cher, sauf que le format de poche offre une chance d'accéder à un livre pour un tarif raisonnable. « Mais l'avenir est numérique. » Et son livre s'appuie sur deux orientations de l'édition : numériser et démocratiser.

« Nous vivons dans une époque où les choses se dérobent sous nos pieds avant de s'assembler de nouveau en des formes qui détermineront l'avenir durant des décennies ou plus », explique Bob. D'où l'importance de la place consacrée à Google dans son ouvrage. L'accord Google aura en effet quelque chose d'historique. Dans tous les sens du terme.

Et en sept points Bob liste les points majeurs de ce qu'il voit
  • Le numérique, c'est l'avenir. Ou l'avenir est au numérique.
  • La préservation : essentielle, pour lutter contre la perte de la mémoire et de ce point, le papier a encore bien des rôles à jouer.
  • Lecture et écriture : réagir aux textes lus, regrouper et donner du sens, un autre sens au monde.
  • Le piratage : Voltaire piratait les libraires en sortant des versions augmentées et corrigées en permanence. Et courrait les éditeurs pour ces cachets plus importants...
  • L'ebook : le livre multicouche, contenant tout ce qu'il est possible. Une lecture horizontale, verticale, diagonale, « littéralement et dans tous les sens ».
  • Le statut de l'auteur : la paternité des oeuvres et la métamorphose entre le Voltaire pirate et le Zola auteur indépendant
  • Les métiers du livre : « En refusant les cadres imposés, les historiens peuvent montrer que les livres ne racontent pas simplement l'Histoire, ils la font. »
Le détail de ce planning est à retrouver sur Publisher's Weekly.