Roberto Saviano : “Demande pardon, Salvini !”

Nicolas Gary - 17.08.2018

Edition - International - Roberto Saviano mafia - Matteo Solvini diffamation - Saviano Italie politique


La guerre entre le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, et l’écrivain Roberto Saviano, tourne au pugilat médiatique. Le premier, accusé par le second d’être conciliant vis-à-vis de la mala vita – la mafia – a décidé de porter plainte pour diffamation. Mais Saviano enchaîne et multiplie les attaques en règle...


Roberto Saviano à Turin
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Rebaptisé par provocation, autant que pour le confondre, « Ministro della Mala Vita », Salvini se fait épingler sur les réseaux par l’écrivain, dès que l’occasion lui est donnée. Et tristement, elles ne manquent pas. Le 14 août, il a signé une chronique où il ridiculise littéralement le ministre, parti à San Luca. 

 

« La première chose que tu devrais dire est : pardonnez-moi. Demande pardon au nom d’un parti qui a gouverné dans les territoires septentrionaux où sont infiltrées des mafias, mais sans avoir jamais fermé la porte au pouvoir criminel », assène-t-il dans La Repubblica.

 

C’est qu’en effet, durant des années, Salvini a nié la présence de la mafia dans le nord de l’Italie, conformément aux positions de son parti d’extrême droite – la Lega Nord. Mais en choisissant de se rendre à San Luca (dans la pointe de la Calabre), c’est en plein territoire de la N’drangheta que l’actuel ministre de l’Intérieur mettait les pieds. 

 

« Demande pardon [...] pour toutes ces années où ton parti a nié l’existence de la mafia au Nord, estimant qu’il s’agissait d’un phénomène conscrit aux territoires corrompus et barbares des régions d’un Sud arriéré »,  « Demande pardon [...] Demande pardon [...] Demande pardon [...] », matraque Saviano, qui ne laisse définitivement aucune échappatoire. 

 

Et de passer en revue les exactions de la N’Drangheta, qui aura impunément agi en Lombardie, les méfaits tolérés ou volontairement ignorés dans le nord du Bel paese. Mais ce sont également les mouvements entre politiques de la Lega et les hommes d’affaires de Calabre qui sont passés au crible.

« Soudain, les voleurs et gangsters du sud, qui étaient injuriés, sont devenus utiles parce que les votes du Nord seuls ne permettent pas de gouverner un pays. Pecunia non olet [en latin dans le texte, L’argent n’a pas d’odeur] et mêmes les votes ne sentent rien. Pas même ceux des gens du Sud. »

 

Car l’unique crainte de la mafia, c’est que l’on fasse la lumière sur ses agissements – et Roberto Saviano de tourner en dérision les tweets et posts sur les réseaux où Salvini dénonce grossièrement la mafia. « Le crime organisé sait très bien que les proclamations à l’attention de l’opinion publique sont une chose, pour obtenir un consensus, que les actes en sont une autre. »

 

Roberto Saviano : plainte pour diffamation
du ministre de l’Intérieur italien

 

« Arrêtez de faire de la propagande, monsieur le ministre. Va Salvini, et présente des excuses pour tout ce que la Lega continue de ne pas faire. [...] Peut-être que, pour ceux qui y croient, la Madonna della Montana pourra faire un miracle et changer cette réalité que nous connaissons. De notre côté, elle peut rester tranquille, nous vous promettons que nous ne vous accorderons aucun répit. Nous allons détruire toute votre propagande, mensonge après mensonge, fake news après fake news. Nous serons là, toujours. » 

 

La justice suit son cours...

 

Pendant ce temps, la justice italienne vient de condamner Saviano et son éditeur Mondadori Libri pour diffamation : en cause, un passage du livre Gomorra, dans lequel un entrepreneur, Vicenzo Boccolato, est pointé comme un membre de la Camorra – la mafia napolitaine. 

 

Dans le livre, il est également présenté comme ayant un rôle important dans du trafic de cocaïne. N’ayant pas opéré de modifications du passage dans une réédition du livre, et l’ayant recommercialisé sans supprimer les indications diffamatoires, c’est une nouvelle amende qui tombe.

 

Aux 30.000 € accordés par la justice voilà quatre ans, 15.000 € s’ajoutent, dont l’éditeur et l’auteur devront conjointement s’acquitter.




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