Roberto Saviano, l'auteur de Gomorra, marche toujours à l'ombre

Clément Solym - 09.03.2012

Edition - International - Roberto Saviano - mafia - Italie


Depuis Gomorra, en 2006, l'écrivain italien Roberto Saviano n'est plus jamais seul, mais constamment entouré par des gardes du corps. Pas d'extrémistes religieux derrière la menace, plutôt la mafia napolitaine, qui n'a guère apprécié son récit documenté consacré à la corruption en vigueur dans le traitement des déchets toxiques. Alors que le nouveau livre de l'auteur vient de paraître en France, celui-ci vit toujours sous protection policière.

 

Pour la camorra, mafia locale de Naples, la publication de Gomorra avait tout du coup de projecteur mal venu. Mais la lumière jetée sur leurs exactions est devenue carrément gênante quand le livre a été traduit dans 42 de langues et s'est vendu à quelques millions d'exemplaires. Une adaptation cinématographique en 2008, distinguée par un Grand Prix à Cannes et une nomination aux Césars et aux Golden Globes, n'a pas vraiment arrangé l'affaire. 


 

Roberto Saviano en 2007 (photo : Wikipédia)

 

C'est ainsi que la tête de Roberto Saviano fut mise à prix, dès 2006, par les têtes pensantes de la mafia italienne. En 2008, la mafia napolitaine a placé un « contrat » sur l'écrivain, réclamant son exécution avant Noël. Le clan Casalesi, particulièrement redoutable, était en première ligne : « Ce livre a foutu le bazar » racontait alors un repenti aux policiers italiens.

 

Quatre années plus tard, la mafia ne laisse pas plus de répit à l'auteur, qui le leur rend bien : son dernier livre, Le combat continue - Résister à la Mafia et à la corruption, publié en France par Robert Laffont, est un recueil de textes écrits pour une émission de « télévision citoyenne » présentée par Saviano.

 

La médiatisation autour de l'écrivain est toujours aussi soutenue, et l'on se gardera bien de lui reprocher de l'utiliser comme une tribune. Un documentaire réalisé par Élisa Mantin, Roberto Saviano, un écrivain menacé de mort par la Camorra, est diffusé ce soir sur Planète + et permet de mieux saisir le quotidien d'un homme qui dit vivre dans « l'isolement ».

 

Et si l'ancien président du Conseil Silvio Berlusconi l'a accusé de donner une image dégradante de l'Italie, c'est peut-être parce que Saviano s'attache désormais à mettre à jour les liens entre les gouvernements et la mafia mondiale, réclamant d'ailleurs la mise en place d'une loi anti-corruption. De passage sur France Info, l'écrivain n'a pas lésiné sur les affirmations : « La mafia en France est un problème qui est souvent refoulé. [...] Il n'y a pas qu'à Nice et Marseille qu'elle est présente. Il y a aussi Paris et le Nord qui sont touchés par le blanchiement d'argent. Ce sont des choses que la police connaît bien ».

 

L'écrivain a expliqué que la mafia française se distinguait de sa cousine italienne par son aspect plus « fluide », et il a déploré qu'aucun candidat à l'élection présidentielle n'évoque le « recyclage » et ses réseaux souterrains. Il a également souligné que la crise économique « profitait aux activités criminelles ».


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