Roberto Saviano : plainte pour diffamation du ministre de l'Intérieur Italien

Nicolas Gary - 20.07.2018

Edition - Justice - Roberto Saviano diffamation - Matteo Salvini Italie - mafia Italie combat


Depuis une quinzaine de jours, le ton montait entre le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, et l’écrivain Roberto Saviano. Des échanges de courtoisies se succédaient, par réseaux sociaux autant que presse interposés. Le tout vient d’aboutir à une plainte déposée par le leader de la Lega Nord, que Saviano avait qualifié, entre autres, de « ministre de la pègre ».


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marco monetti, CC BY ND 2.0

 

 

Cette plainte, Salvini la brandissait depuis quelque temps maintenant : il l'a finalement déposée ce 20 juillet, pour diffamation. Selon Salvini, l’auteur de Gomorra a outrepassé son droit à la critique et à la polémique politique. 

 

Le désengagement de l'État italien
 

Tout a commencé quand Salvini a envisagé dans la presse de retirer l’escorte policière dont bénéficie Saviano. Ce dernier, après son premier livre attaquant ouvertement la mafia napolitaine, avait reçu des menaces de mort. L’État italien, voilà 11 ans, décidait alors d’une protection spéciale pour garantir sa sécurité. Mais pour Salvini, il était temps de réévaluer la manière dont l’argent du contribuable italien était dépensé. 

 

Antoine Gallimard, éditeur des livres de Saviano, déplorait dans nos colonnes « que l’on puisse ne serait-ce qu’envisager de prendre une pareille mesure. Cette protection est indispensable pour lui : cet écrivain s’est montré extrêmement courageux, et compte parmi les rares à avoir une parole libre ».

 

L’État italien qui se désengageait de son obligation de protection des citoyens, cela faisait froid dans le dos. Vivement, Saviano avait envoyé paître le ministre de l’Intérieur : « Durant ces années, j’ai subi une énorme pression, celle du clan Casalesi, la pression des narcotrafiquants mexicains. J’ai plus peur de vivre comme ça [avec une protection policière, NdR] que de mourir de la sorte. Et ainsi, tu crois que, moi, je puisse avoir peur de toi ? Bouffon. »

 

En outre, fort de ses différentes enquêtes, l’auteur rappelait quelques liens inquiétants entre Salvini et la mafia. Et surtout, le fait qu’il n’avait jamais condamné ouvertement les organisations criminelles agissant en toute impunité. Or, selon la plainte, de tels propos « ont pour effet de convaincre que le ministère de l’Intérieur, au lieu de lutter contre le crime organisé, dispose d’accords nuisibles avec le crime organisé, au mépris de ses devoirs institutionnels ». (via HP)

 

La plainte, “comme prévu”

 

En effet, Saviano avait établi un lien entre la N’drangheta, mafia calabraise, et le parti de Salvini, la Lega Nord. À travers des interventions vidéo sur les réseaux, ou dans la presse, il avait d’ailleurs enfoncé le clou. « Quand c’est trop, c’est trop », lâche Salvini, annonçant son dépôt de plainte.

 


 

« J’ai porté plainte contre Saviano, comme promis. J’accepte chaque critique, mais je ne permets à personne de dire que j’aide la mafia, une merde que je combats de toutes mes forces ou de dire que je me réjouis de la mort d’un enfant. Quand c’est trop, c’est trop. Bisous. »




 

La plainte, elle, dévoile que ce n’est pas le dirigeant politique qui se serait bafoué par les propos de l’auteur, mais l’institution elle-même. Une manière habile pour le ministre de l’Intérieur de se protéger derrière son poste à l’Intérieur, au lieu de mener de front son action juridique. 

 

“Je n'ai pas peur”, claque Roberto Saviano

 

Il n’aura pas fallu longtemps pour que Saviano réagisse : un post sur Facebook, où il réitère ses attaques sans plus même désigner le plaignant autrement que par « ministre de la pègre ». 

 

 


 

Affirmant n’avoir encore reçu aucune communication officielle, l’auteur assure être disposé à répondre, et, au contraire, souhaite être interrogé. « Aujourd’hui, nous ne devons pas reculer devant un pouvoir qui est terrorisé par les voix critiques, qui s’effraie devant les témoins oculaires des atrocités ayant lieu chaque jour en Méditerranée. » Et de poursuivre : « Et finalement qui a peur de ceux qui, chaque jour, affirment avec conviction qu’inculquer la peur est l’arme de ceux qui souhaitent restreindre les libertés individuelles. »

 

Il en appelle à ses soutiens : « Je ne l’ai jamais fait, mais je vous demande d’être à mes côtés aujourd’hui dans cette bataille : la Russie de Vladimir Poutine est en embuscade, lui qui sert de référence au ministre de la pègre. » 

 

Et de conclure : « Je n’ai pas peur. »

 

Depuis le début, Saviano a reçu des soutiens de confrères d’envergure internationale, comme Elena Ferrante ou Andrea Camilleri. Ce dernier était d’ailleurs net dans ses propos : « Je ne veux pas faire de comparaisons, mais, autour des positions extrémistes de Salvini, je retrouve le même consensus que je rencontrais à l’âge de 12 ans, en 1937, autour de Mussolini. »




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