Robin Thicke et Fifty Shades of Grey : de mâle empire

Florent D. - 26.11.2013

Edition - Société - Robin Thicke - Fifty Shades of Grey - rapports sexuels


Deux phénomènes se rencontrent, et le monde du divertissement est soudainement bousculé. Entre EL James et Robin Thicke, on pourrait avoir du mal à trouver le lien. Pourtant, le roman de la Britannique et le clip de l'Américano-canadien, il semble bien que deux visions de la femme soient exploitées... sans nécessairement qu'elle en sorte grandie.

 

 

Le vidéo clip du scandale, par Robin Thicke

 

 

Fifty Shades of Grey a été rapidement décrit comme le porno pour mamans : ce roman érotique met en scène l'étudiante Anastasia, 21 ans dans une relation purement sexuelle avec Christian Grey. Et avec le succès faramineux qu'a connu l'auteure, elle est désormais qualifiée de personnalité influente. Fort bien... Pourtant, en revers de médaille, c'est bien un exercice de domination et de soumission qu'elle raconte. 

 

Moi Anastasia, petite oie blanche

 

Alors, il se trouve quelques partisans pour assurer que les romans parlent d'une véritable libération sexuelle, et que, pour les femmes, c'est un moyen d'assumer pleinement sa sexualité. Mais un groupe féministe américain estime pour sa part qu'il s'agit bien plus d'un éloge des violences faites aux femmes. « Il existe une violence émotionnelle et sexuelle sur cette jeune fille de 20 ans, sans expérience sexuelle, qui est persuadée qu'être frappée est amusant », estime Wearside Women In Need.

 

Il est vrai qu'être attachée par les pieds, avec une cravate, tout en assurant que c'est douloureux, ne ressemble pas à une scène d'épanouissement personnel. Pour l'occasion, l'association avait même fait du papier toilette d'un exemplaire de la série.

 

Les industries du porno et du SM par extension, se sont régalées de cette sortie : il y avait bien plus à exploiter avec Fifty Shades qu'avec Rowling, ou même Stephenie Meyer. Manifestement, les ventes de vibromasseur et de produits bondages auraient augmenté de 14 %, rapporte UVU Review. Et sans même parler des consultations de sites internet spécialisés - ou des faits divers les plus hilarants.

 

Sauf peut-être pour les pompiers de Londres.

 

Et avant que le film ne parvienne à sortir sur les écrans, après une multitude de retards, du fait du casting et d'autres petites contrariétés, un clip, sorti cet été, a poursuivi ce que les associations de défense des femmes ont appelé un scandale. 

 

But you're an animal / Baby, it's in your nature

 

Blurred lines, ou Lignes floues, en français, est un clip qui a survolté l'Amérique. Il est vrai que les propos du chanteur rejoignent assez facilement les rapports qu'entretiennent Anastasia et Christian. Les frontières entre une sexualité, disons, traditionnelle, et des gestes violents sont difficiles à tracer, si l'on suit les propos de Robin Thicke. 

 

 

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Robin Thicke

Kia Clay CC BY 2.0

 

 

Entre ses intentions  de « domestiquer » les femmes et ses promesses de leur « déchirer le cul en deux », difficile de ne pas entendre le reste

 

But you're an animal

Baby, it's in your nature

Just let me liberate you

 

Mais tu es un animal

Bébé, c'est dans ta nature

Laisse-moi te libérer

 

Reste alors à la good girl à se laisser maltraiter, puisque de toute manière, Robin « sait que tu le veux ». Les rappeurs TI et Pharrell Williams ne sont pas en reste dans ce petit jeu. 

 

So I'm just watching and waitin'

For you to salute the true big pimpin'

Not many women can refuse this pimping

I'm a nice guy, but don't get confused, this pimpin'

 

Donc je suis juste en train de regarder et d'attendre

Que tu salues le véritable grand pimp [Mac, en argot]

Peu de femmes peuvent refuser ce proxénétisme

Je suis un gars sympa, mais ne te trompe pas, c'est de la prostitution

 

Choquer la pudibonderie américaine ?

 

Pas non plus de quoi fouetter un chat, pour des oreilles habituées aux propos des chanteurs de hip-hop. Pour la blogueuse Lisa Huyne, féministe convaincue, la vidéo est plus écoeurante encore, puisqu'elle utilise des femmes aux plastiques avantageuses, pour renforcer le sentiment de domination des hommes. Certaines paroles évoquent clairement des actes violents, voire déconsidèrent le rôle de femmes victimes.

 

 

 

 

Ou quand dire « non », ce serait en réalité dire « oui »...

 

Thicke s'est expliqué par le passé de cette chanson : pour lui, l'objectif était de montrer que certaines règles sont stupides, dans la société américaine, et la chanson ne cautionne certainement pas les violences faites aux femmes. Une sorte de dérision complète, d'un humour qui ne passe évidemment pas avec tout le monde. En s'emparant des tabous de la société et les maltraitant, le chanteur affirme qu'il n'avait orchestré qu'une plaisanterie. 

 

De celles que l'on ne peut pas rire avec tout le monde, probablement...