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Roman refusé de Pierre Mérot : la relation auteur éditeur

- 25.04.2013

Edition - Les maisons - affaire Mérot - contrat d'édition - publication


Un éditeur résilie un contrat d'édition signé par son prédécesseur au motif qu'il ne peut publier un texte qu'il n'approuve pas et ne saurait donc être en situation de défendre. Comme on le comprend ! Sa décision confirme ce qu'on sait déjà depuis longtemps, à savoir qu'un éditeur noue un lien particulier avec son auteur, un lien intellectuel, esthétique, moral, politique.  Et l'éditeur d'ajouter : « Il n'y a pas d'affaire Mérot ». 

 

 

 

 

En réalité, il y a peut-être une « affaire », et une affaire pas inintéressante du tout, au sens où elle laisserait supposer, ce dont on se doutait, mais qu'on n'osait plus trop rappeler ces derniers temps, voire qu'on nous demandait de biffer des contrats, qu'un contrat d'édition serait conclu intuitu personæ !, qu'il ne lierait pas vraiment un auteur à une maison d'édition, mais un auteur à la personne d'un éditeur.

 

Mais alors ? Cela voudrait-il dire qu'un auteur peut à son tour se dédire ? Qu'il peut résilier les contrats qu'il a signés au motif que l'éditeur de la maison a changé ? Les auteurs qui avaient signé avec une maison d'édition du temps d'un éditeur peuvent-ils résilier leur contrat dès lors que leur éditeur est parti ? Bien sûr, on rétorquera que dans le cas présent, le livre n'était pas encore en librairie.

 

Cela fait-il vraiment une différence ? En termes de préjudice matériel : parfois. Mais avant la sortie du livre, l'auteur peut rembourser son à-valoir. Après, si l'à-valoir est couvert, il n'y a plus de perte pour l'éditeur ! Quant au manque à gagner, s'il est invoqué pour l'un, il peut l'être également pour l'autre. 

 

Bref, les éditeurs comme les auteurs peuvent-ils désormais se prévaloir d'une clause de conscience à la façon des journalistes ? Et enfin un contrat intuitu personae peut-il s'accommoder de la durée de la propriété intellectuelle, c'est-à-dire d'une durée qui perdure bien au-delà de la mort de chacune des personnes qui l'ont signé ?

 

S'il n'y a pas d'« affaire Mérot », il y a en tout cas une drôle d'affaire sur laquelle il n'est pas inintéressant de se pencher.

 

 

Pour mémoire

Les maisons d'édition Gallimard et Stock refusent de publier Toute la noirceur du monde, roman de Pierre Mérot. L'auteur parle lui-même d'un livre « un peu dérangeant ». Le thème : un professeur sombrant dans la folie et virant vers l'extrême droite explique.

 

L'auteur n'avait pas inspiré l'ancien éditeur de chez Grasset, décidé à ne pas prendre de risque. Ironie du sort ? L'ancien patron de Stock était enthousiaste pour la publication, mais il est décédé le 25 mars 2013. Son successeur est bien plus réticent.