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Romance : les Rita Awards 2020 annulés, sur fond de racisme ordinaire

Clara Vincent - 10.01.2020

Edition - International - Rita Awards Ceremony - Romance Writers America - littérature romance genre


Le Prix RITA est l’une des plus grandes distinctions littéraires américaines qui récompense des auteurs de littérature romantique. Remis chaque année par la Romance Writers of America (RWA), l’association a annoncé que la cérémonie annuelle de 2020 – saluant les livres parus en 2019 – n'aurait pas lieu. 

Photo d'illustration - Romance Writers of America's Facebook page


Ce lundi 6 janvier, la RWA annonçait dans un communiqué que la cérémonie 2020 du Prix Rita ne pourrait se tenir, arguant que le concours ne serait « pas en mesure de remplir son objectif de reconnaître l'excellence dans le genre [de la romance].» Cette disposition fait suite à une polémique qui a éclaté quelques mois plus tôt, déclenchée par une décision du conseil d'administration du RWA ayant entrainé une tollé auprès de plusieurs de ses membres.

L’association, qui représente près de 10.000 écrivains, avait en effet suspendu de son poste au comité d'éthique l'écrivaine et critique littéraire Courtney Milan pour une durée d'un an, et lui interdisait d’occuper tout poste de direction à vie. Cette sanction a été prise après que cette dernière ait vivement attaqué sur son compte Twitter, une autre membre des RWA, Kathryn Linn Davis, qualifiant son livre Somewhere Lies the Moon – publié pour la première fois en 1999 – de « gâchis raciste » à l’encontre des femmes chinoises. 

Ce qui a alors conduit Kathryn Linn Davis à déposer plainte à l’encontre de Courtney Milan auprès du RWA. « Ces plaintes allèguent plusieurs violations du code de déontologie des membres de la RWA par Mme Milan alors qu’elle occupait un poste de direction de la RWA. Cela a entraîné la perte d’un contrat de trois livres par Mme Davis. Mme Milan a été invitée à se retirer volontairement du poste de présidente du comité d’éthique pour éliminer tout conflit d’intérêts, ce qu’elle a fait, et le conseil a nommé des membres supplémentaires du comité et un nouveau président », précise le conseil d'administration de la RWA dans un communiqué publié le 31 décembre sur son site.  
 

Une vague de démission au sein de la RWA


Sauf que cette décision n’était pas du goût de la plupart des autres membres du RWA. Suite à la condamnation de Courtney Milan, nombre d'entre eux ont décidé de lui apporter son soutien en se retirant de l'association, dont la présidente, Carolyn Jewel.

Lundi 6 janvier, une pétition réunissant plus de 1000 auteurs appelait à la démission du nouveau représentant de la RWA, Damon Suède. Le lendemain c’est plus de 300 romans qui étaient retirés des listes du concours par plusieurs auteurs, condamnant la décision de l'association.  

Cette levée de boucliers a ainsi conduit la RWA a faire marche arrière. Dans un tweet publié le jour de Noël, elle retirait les sanctions à l’encontre de Courtney Milan, déplorant l'impact négatif de cette affaire auprès de sa communauté.
   
 

Romance et préjugés


En plus que d’avoir vivement secoué en interne la RWA, cette polémique a également mis à jour un malaise qui touche le milieu de la littérature romantique. Comme le rappelle le Guardian, «[d]e nombreux romans d’amour continuent d’inclure des tropes et des stéréotypes raciaux troublants, lorsqu’ils présentent des personnages non blancs ». Et d'ajouter que « [c]ertains libraires séparent toujours les romans d’amour par race, avec des histoires de personnages noirs dans des sections distinctes .» 

En condamnant Mme Milan à une sanction, la RWA n’a ainsi fait que renforcer ce sentiment de discrimation. Courtney Milan est en effet une critique reconnue pour sa fervente lutte menée à l’encontre des stéréotypes dans la littérature. Ses tweets concernant le livre de Kathryn Linn Davis faisaient partie d’une campagne plus large visant à interpeler les internautes sur la persistance de ces représentations discrimantes. 

L'éditrice Suzan Tisdale, qui s'était joint à Mme Davis dans sa plainte, a reconnu depuis que la sanction portée contre Courtney Milan était un peu trop sévère. «L’interdiction d’un an était trop. Tout ce que nous voulions, c’était des excuses », déclarait-elle au Guardian. 

« Je ne m’excuserai pas, et je ne suis pas désolée d’essayer de faire reconnaître aux gens que les stéréotypes raciaux négatifs sont nocifs », a fermement rétorqué Courtney Milan.


Commentaires
Il est surtout question d'intolérance ordinaire.



Il est ahurissant qu'une critique, même virulente, ait donné lieu à une plainte, et qu'elle ait prospéré.



Il est encore délirant qu'un écrivain imagine de vouloir policer les écrits d'un autre. Il est désolant que la promotion d'oeuvres peu stéréotypées, qui est un voeu d'ordre général, soit noyée sous des attaques négatives contre des oeuvres précises. Si elle voulait des oeuvres peu caricaturales, elle pouvait en exprimer le souhait sans rien dire de celles qui lui déplaisent, et, surtout, elle pouvait en écrire.
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