Romans pour ados, cette appellation trompeuse

- 24.03.2013

Edition - Société - adolescents - littérature jeunesse - enfance


Peut-on écrire sur tout à destination des jeunes ? Est-ce un format entre deux âges ? Une question que ne se pose plus Jo Witek : « J'en suis à la quatrième version de mon roman » et explique les affinages successifs d'une héroïne tantôt de 15 puis de 17 ans. Trouver le ton juste, le bon regard qui suppose « malgré tout une certaine responsabilité » pour Jean-Noël Sciarini. Les images des chaînes d'infos en continu n'épargnent pas l'enfant, le livre lui doit pouvoir offrir quelque chose d'autre.

 

 

                                                           

                    Jean-Noël Sciarini, Jo Witek, Maite Carranza, Jeanne Benameur

 

 

Si pour Maite Carranza il n'est pas question d'inclure un aspect moralisateur, l'œuvre pour ados ne doit rien cacher tout en apportant les bons mots. « Ce n'est pas Disney », résume Carranza. 

 

À bien y réfléchir, cette littérature entre deux âges comporte très peu de tabous, si ce n'est le suicide. Un motif de refus éditorial catégorique. Chacun des auteurs présents est d'accord pour apporter un excipit avec une bonne dose d'espoir, mais pas de happy end cher à Mickey. Ces romanciers pour futurs adultes ont ceci en commun de ne pas occulter une bonne dose de souffrances au vécu de leurs personnages.

 

La domination de l'homme sur la femme, la sexualité sur les réseaux sociaux  et la vie quand on est malvoyant, sans faux-semblants, avec ses vraies crises. « Écrire c'est lever les censures », disait Genet, Jeanne Benameur fait siens ces mots avec le projet d'une littérature adaptée, certes, mais sans concession. Avec même un regard critique sur Phèdre et les Fourberies de Scapin où l'inceste et la libido des anciens n'ont jamais été un motif pour écarter les jeunes de leur lecture. Faire ou ne pas faire en littérature jeunesse se solde par un mauvais procès.  

 

« Parce que l'adolescence est cette période de l'urgence », explique Benameur. La sortie des illusions de l'enfant qui se croit immortel, l'apprentissage du temps qui passe et de la finitude. Malgré cette étape si particulière, tous récusent un peu cette étiquette de romans pour ados. 

 

La question n'est décidément pas quoi écrire, ni même comment. Mais travailler à partir d'un narrateur adolescent et retrouver ces sensations perdues. Une plongée en soi propre à toute thérapie par l'écriture, mais qui va plus loin. Se frotter à la fiction de l'adolescence c'est plonger quelques mètres encore, dans l'intérieur profond comme dans les ombres du passé.

 

Alors, la seule question qui vaille est d'une simplicité désarmante : « Suis-je encore fidèle à la jeune fille de 15 ans que j'étais ? », se demande Witek.