Roumanie : des artistes dénoncent la politisation de la culture

Nicolas Gary - 22.03.2013

Edition - International - Pavillon de la Roumanie - situation culturelle - groupe d'artistes


Un peu avant que le président Hollande ne parvienne sur le Pavillon de la Roumanie, pays invité d'honneur, un rassemblement s'est créé, assez étrangement, brandissant des photos découpées. Happening artistique ? Presque. En tout cas, message politique bien brandi.

 

 

 

 

Ils étaient une petite dizaine, armés d'appareils photo et de caméras pour certains, quand d'autres brandissaient simplement une photo, particulièrement éloquente sur le Salon du livre. Il s'agissait du visage de Mircea Cartarescu, auteur comptant parmi les invités de la Roumanie et qui a décidé de finalement boycotter le Salon, pour des raisons politiques. 

 

Dans un récent entretien, l'écrivain expliquait que, culturellement, la Roumanie vivait des heures sombres, voire « des moments dramatiques ». Et de critique sèchement la nouvelle direction de l'Institut culturel roumain de Bucarest, estimant que sa politique culturelle ramènerait le pays des décennies en arrière, quand les kulturniks, les activistes communistes, se chargeaient de l'organisation de la culture. 

 

C'était, accessoirement, l'époque de Nicolas Ceausescu...

 

« L'équipe de M. Marga profère des injures contre les plus importants artistes roumains et mène une guerre contre les intellectuels roumains les plus connus », avait ajouté Mircea Cartarescu. 

 

Un message qui relayait hier le groupe d'artistes français venus pour protester contre « la politisation de la culture en Roumanie et au travers de l'Institut culturel », ainsi qu'ils ont pu l'expliquer à ActuaLitté.  Brandissant la photo du visage de Mircea Cartarescu, ICR OFFF, le groupe monté, affirme que le pays vit sous le joug d'un « encadrement politique de la culture », mais souffre également d'un « refus de financement des projets culturels très importants en Roumanie ». 

 

Le groupe déplore également « l'absence des grands noms de la littérature roumaine, comme Cartarescu, Plesu, Djuvara, Liiceanu, Goma au Salon du Livre à Paris », ou encore Herta Müller, prix Nobel de littérature, et originaire de Roumanie.

 

Devant le Pavillon du pays invité d'honneur, la manifestation a été remarquée, au point qu'un artiste résidant français à Bucarest se soit ému... de ce que la démonstration politique tournait au ridicule, « devenant nuisible à l'image du pays ». Interpellant les manifestants, il a reproché que cette démonstration n'ait aucune incidence autre que médiatique, parce que « les combats, en Roumanie, doivent se mener à l'intérieur du pays ». 

 

Pourtant, c'est bien vers « une Roumanie nouvelle » que le groupe d'artistes tend, et si le ton monte un peu, on s'accorde pour accuser les politiques de ne pas savoir se tenir, et à ce titre, « ICR OFFF dénonce toute appartenance à un groupe politique ». 

 

Le premier ministre roumain, vivement critiqué par les intellectuels du pays, avait à ce titre annoncé qu'il ne se rendrait finalement pas au Salon du livre, laissant au ministre de la Culture, Andrei Marga, « la rude tâche de participer à un événement qui devait rendre honneur à la Roumanie, invitée spéciale du Salon du livre ».

 

Plus d'informations sur leur page Facebook, avec d'autres photos de la performance réalisée devant le Pavillon de la Roumanie.