Roumanie : écrire un livre pour réduire sa peine de prison

Julie Torterolo - 06.11.2015

Edition - International - roumanie - remise de peine - livre


Depuis 2013, une loi offre la possibilité aux détenus roumains de diminuer leur temps passé derrière les barreaux de 30 jours. Pour ce faire, il leur suffit de prendre leur plume et donner vie à un livre. Une mesure que les prisonniers provenant de l’élite roumaine auraient largement utilisés. 

 

my_southborough, CC BY-ND 2.0

 

La disposition juridique date de près de trois ans maintenant. Elle serait la suite législative d’une précédente qui donnait la possibilité aux détenus de bénéficier d’une libération anticipée s’ils participaient à des recherches universitaires.

 

Selon The Economist, ce système serait désormais propice à une rude « corruption ». « Cette nouvelle loi devait être accompagnée de lignes directrices strictes, fixées par le ministère de la Justice et approuvée par le gouvernement. Cela n’a jamais eu lieu », rapporte le quotidien anglais. Et, en effet la seule contrainte imposée aux prisonniers, exempt toutes exigences de qualité, est d'écrire leur texte à la main. 

 

Les détenus n’ont ainsi pas accès à des ordinateurs, et les bibliothèques de prisons restent de faibles ressources. 

 

Les élites en ont alors profité pour abuser du système. Ces derniers, riches, embauchent à l’extérieur des intellectuels comme « superviseurs de recherches ». De même, certains ont recours à des « nègres » qui rédigeraient l’ouvrage, puis le réintroduiraient en prison : ne reste au détenu que de le recopier à la main. 

 

Ensuite, un éditeur serait payé pour imprimer quelques exemplaires, remis à la Comission des libérations conditionnelles qui juge ou non si l’œuvre est digne d’une réduction de peine. 

 

Un détenu accusé de plagiat

 

Ainsi, Gheorghe Copos, homme d’affaires et ancien ministre roumain, a rendu un livre historique sur les alliances matrimoniales des dirigeants roumains médiévaux. Ce dernier a très vite été accusé de plagiat, sans que cela ne l’empêche de profiter de sa réduction de peine.

 

De même un ancien footballeur, Giga Popescu, inculpé pour blanchiment d’argent a produit 4 livres : l’un d’entre eux — où il y aurait plus d’images que de texte — relate son histoire concernant le Steaua Bucharest, le club de foot qui lui appartient. Un chanteur pop, Realini Lupsa a même écrit un ouvrage médical sur les cellules souches. 

 

Selon the Economist, un récent rapport comptabiliserait 73 prisonniers qui auraient bénéficié de cette mesure, dont certains qui auraient « écrit » jusqu’à 5 livres en quelques mois. 

 

La DNA (direction national Anti-corruption) a alors la loi dans le viseur, demandant une clarification depuis avril. D’autant que nombreux citoyens roumains accueilleraient avec espoir le fait que les élites soient enfin reconnus coupables de leur crime ou délit, souligne Oana Popescu, directrice du groupe de réflexion, Global Focus.

 

Mais elle-même se resigne : la corruption reste bien ancrée dans le pays.