Rowling au secours des familles monoparentales au Royaume-Uni

Clément Solym - 22.09.2013

Edition - International - JK Rowling - familles monoparentales - gouvernement britannique


Le premier volume de Harry Potter, J.K. Rwoling l'avait écrit alors qu'elle était mère célibataire, sans ressources, et vivant des aides sociales. Aujourd'hui, cette époque est révolue : en 2011, la romancière comptait parmi les milliardaires établis dans la liste de Forbes. C'est avec cette aura qu'elle demande aujourd'hui au gouvernement britannique de venir en aide aux mères célibataires du pays.

 

 

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JK Rowling

Daniel Ogren, CC BY 2.0

 

 

Dans un long billet écrit pour Gingerbread, organisation de soutien aux familles monoparentales, Rowling témoigne de ces années de grande solitude avec sa fille, de son retour du Portugal et du choc quand elle a vu la neige en Écosse. Elle se souvient de ces quelques heures de travail qu'elle a pu trouver dans une église locale, pour faire de l'archivage et un peu de dactylographie. 

 

Elle se remémore aussi cette disparition progressive de l'estime de soi, et de la société, des réflexions que l'on faisait sur le fait qu'une mère célibataire puisse travailler dans une église. « Les parents célibataires ne sont pas populaires dans certains secteurs ni dans les médias, au milieu des années 90 », affirme-t-elle. L'idée que les femmes tombaient enceintes pour accéder plus rapidement aux logements sociaux était encore bien ancrée. 

 

Mais Rowling a connu le succès avec Potter, et finalement, l'argent est arrivé pour la soulager matériellement de sa situation. Sauf que le statut de mère célibataire ne l'a jamais quittée : on en parlait dans la presse, on lui demandait pourquoi ne pas avoir cherché un travail plutôt que d'écrire un livre... Le journaliste a échappé de peu à une paire de claques, alors.

 

Depuis 2001, elle s'est remariée, et n'a jamais cessé de travailler avec l'association Gingerbread, qui soutient les familles monoparentales. « Malheureusement, leur travail est plus nécessaire que jamais aujourd'hui, dans une récession bien pire que celle à laquelle j'ai dû faire face quand je suis arrivée au Royaume-Uni dans les années 90. »

 

La douloureuse négligence du gouvernement 

 

Citant une enquête réalisée en 2011 par Gingerbread, 87 % des parents isolés considèrent que le Royaume-Uni stigmatise la monoparentalité. Une situation insupportable jure Rowling, alors qu'une personne sur trois a fait cette expérience. Et l'administration actuelle souffre d'une « profonde déconnexion avec les gens qui luttent pour garder la tête hors de l'eau ».

 

Pour les familles monoparentales, les difficultés sont connues : aucune prise en charge pour la garde des enfants, qui impactent plus particulièrement les parents de moins de 25 ans. Un enfant sur trois a un parent qui travaille à mi-temps pour assurer une présence, ce qui conduit à une détérioration plus grande encore de leurs conditions de vie. Il faut donc investir dans l'emploi pour aider les familles à sortir de la pauvreté. 

 

Rien n'est inimaginable : des services de garde abordables, une formation convenable, des employeurs qui sont flexibles sur les horaires, et des salaires revus à la hausse. Sans intervention du gouvernement, toute une génération d'enfants sera sacrifiée. « En attendant, je voudrais dire à tout parent seul qui sent le poids de ce stéréotype que je suis fière de mes années de mère célibataire, plus que de toute autre partie de ma vie. » 

 

Et de conclure : « Rien ne me rend plus fière que ce que Jessica m'a dit récemment sur les cinq premières années de sa vie : ‘Je ne savais pas que nous étions pauvres. Je me souviens simplement que nous étions heureux. »

 

Aujourd'hui, deux millions de parents seuls éduquent trois millions d'enfants ; ils ne sont que 59 % à travailler.