Rowling contre le Lexicon : les vrais enjeux judiciaires

Clément Solym - 12.03.2008

Edition - Justice - procès - Rowling - Lexicon


La Mère Thérésa de la littérature jeunesse et pour adolescents a transformé le paysage livresque depuis son premier tome et en à peine plus de 10 ans. Milliardaire pas vraiment ostentatoire, mère aimante, et de nombreuses fois récompensée, le 24 mars risque de marquer un tournant dans la vie de J.K. Rowling.

Un guide sur le net qui ne gêne personne

Car avec le procès démarré avec Warner Bros. contre le guide non officiel de l'univers féerique d'Harry Potter, une double orientation se dessine : tout d'abord celle du contrôle de ses droits d'auteur, mais également celui de publier des ouvrages d'abord édités sur le Net.


Steve Vander Ark, l'auteur du Lexicon avait reçu les félicitations de J.K., pour un site admirable, et elle avait une certaine estime pour lui, tant qu'il ne cherchait pas à faire de l'argent avec son oeuvre. Et devenue une référence, cette encyclopédie avait été saluée pour son côté très documenté et impeccable. Et les quelque 6.000 $ de revenus du site n'embarrassaient personne.

À moins qu'on ne le vende

  Sauf qu'entre-temps, Steve a signé avec RDR la publication de son Lexicon. Et « malheureusement, nous n'avons pas d'autre choix que de les poursuivre en justice », annonce l'avocat de Rowling. Car la publication de ce guide sans l'accord de l'auteur serait tout bonnement une violation du droit. Et que l'auteure avait refusé les demandes de collaboration du jeune Steve.

« Je n'avais pas pris d'avis juridique concernant l'encyclopédie, se défend-il, et je ne suis pas un expert dans le domaine des droits d'auteur. » Le procès devra donc déterminer s'il existence une différence dans le droit d'auteur en ce qui concerne une publication sur le net et une publication physique. Pour l'avocat de Rowling, c'est clair : « Il existe une différence fondamentale entre un site pour fans gratuit et un livre qui entend faire de l'argent avec la propriété intellectuelle de Mme Rowling ! »

Une première dans le droit d'auteur

Cela ferait en effet jurisprudence, d'un côté comme de l'autre de la décision, puisque ce point n'a jamais été évoqué auparavant. « Ce type de situation pénalise les ayants droit comme moi, et ne m'incite pas non plus à encourager et soutenir les activités communautaires autour d'un même sujet », ajoute Rowling. Chez RDR, Dave Hammer ne croit pas à une distinction entre le droit d'auteur numérique et imprimé : « Si Mme Rowling est satisfaite du site Weg, elle ne peut s'opposer à la publication du livre. »

  Second point et non des moindres : combien d'auteurs sont en mesure d'exercer un contrôle sur leurs oeuvres, comme J.K. peut se le permettre. Pour l'avocat de RDR, Anthony Falzone, professeur de droit à Stanford qui officiera gratuitement, « c'est une affaire extrêmement délicate : il s'agit de déterminer si un tiers a le droit de créer un ouvrage de référence conçu pour aider les autres lecteurs à mieux percevoir le sens de l'oeuvre. Personne n'achètera ni même ne trouvera de sens au Lexicon, s'il n'a pas lu au préalable les livres d'Harry Potter ».

L'encyclopédie de Rowling perdante ?

Dernier point, Rowling travaille elle aussi à une encyclopédie dont les bénéfices seront reversés à une Fondation d'aide à l'enfance. Le livre de RDR impacterait sérieusement les revenus escomptés et le don réalisé à l'organisme. Bien que l'on salue cette intention de maximiser les dons, la volonté d'ultra contrôle n'est pas loin.

Pour RDR, le tirage le plus important fut de 10.000 exemplaires, quand Mme Rowling a noyé le monde sous les tomes d'Harry Potter. Par ailleurs, étant donné que les lecteurs des aventures du magicien sont des drogués, on imagine mal qu'il se prive du livre de Rowling, sous prétexte qu'ils ont déjà celui de Vander Ark.

« L'essentiel est qu'aucune des deux ne sait quels arguments pèseront le plus auprès du juge », assurent les deux parties. Dans tous les cas, l'appel est certain, pour l'une comme l'autre.


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