Homosexualité, immigration : Harry Potter rend les enfants plus tolérants

Nicolas Gary - 31.07.2014

Edition - International - Rowling Potter - homosexuels tolérance - immigration Italie


Si Harry Potter ne guérit pas encore les paralytiques, cela ne saurait tarder. Il rendra même la vue aux analphabètes et retrouvera les clefs de voiture dans les sacs à main. Mais en attendant, les livres de JK Rowling dévoilent des vertus parfaitement compréhensibles. La dernière en date conforte celle d'un message de tolérance tout particulier. 

 

 Harry Potter homosexuels immigrants

ActuaLitté CC BY SA 2.0 avec Pixelsior CC BY SA 2.0 et Kevin Goebel CC BY SA 2.0

 

 

Chez les Gryffondor, on prône l'ouverture à tous, c'est bien connu : qu'importe l'origine, tout le monde est accepté, fils de sorciers, Moldus, végétaux polymorphes excentriques... Et dans la lignée d'un ouvrage publié en juin 2013, voici que des chercheurs italiens se sont consacrés à l'étude de la tolérance dans les livres de madame Rowling. 

 

Anthony Gierzynski de l'University of Vermont, avait en effet publié Harry Potter and the Millennials: Research Methods and the Politics of the Muggle Generation. Il y expliquait que l'ensemble des livres et des produits dérivés autour de l'univers Potter a transformé la génération Y en une population moins violente.  

 

Ceux qui ont été soumis à une dose, plus ou moins forte d'Harry Potter se décriraient comme des gens plus ouverts à l'autre, politiquement plus tolérant, moins autoritaire, moins à même de recourir à la force, à la violence ou la torture, et surtout, politiquement plus impliqués.  

Près de 60 % des personnes nées dans la période décrite, et qui ont lu tous les livres, ont ainsi voté pour Barack Obama en 2008, tandis que 83 % d'entre eux avaient un regard défavorable sur l'administration Bush.

Eh bien les chercheurs d'universités italiennes et britanniques sont arrivés aux mêmes conclusions. Pourquoi ? Parce que les livres sont peuplés de groupes victimes de discrimination : on compte ceux qui sont de sang moitié sorcier, les elfes, les lutins, les demi-géants... Et une grande partie de l'action tourne justement autour de ce qu'Harry et ses amis se battent pour les droits et l'acceptation de ces minorités. 

 

 

« Harry a des contacts importants avec les personnes appartenant à des groupes stigmatisés. Il essaie de les comprendre et d'apprécier leurs difficultés... et combat pour un monde débarrassé des inégalités sociales », expliquent les chercheurs, dans The greatest magic of Harry Potter: Reducing prejudice. Trois études ont été réalisées pour arriver à cette conclusion.

 

Au cours de la première, durant une période de six semaines, des extraits du deuxième tome, La Chambre des secrets, ont été proposés à un groupe de 35 enfants de classes primaires. Ils ont alors testé les attitudes et les réactions de ces bambins vis-à-vis des immigrants, avant et après les séances de lecture. Il leur a été demandé de répondre à des questionnaires, portant sur les réfugiés et les immigrants. Conséquence immédiate : les enfants se montrent plus ouverts. 

 

La chose est particulièrement intéressante, alors que le mois dernier, l'Italie et Malte en appelaient à l'Union européenne pour les aider à réguler l'immigration clandestine. Considérant une véritable absence de la part des autorités européennes, les deux pays font régulièrement face à des désastres où des migrants se déplacent dans des conditions déplorables, sur des embarcations de fortune. Et les drames surviennent. Or, même dans le cadre de l'immigration légale, l'Italie connaît des protestations.

 

 

"Harry a des contacts importants avec les personnes appartenant à des groupes stigmatisés. Il essaie de les comprendre et d'apprécier leurs difficultés... et combat pour un monde débarrassé des inégalités sociales"

 

 

Dans le cadre des autres analyses effectuées, ce sont des lycéens et étudiants italiens qui ont été sollicités. Et les chercheurs ont également observé une corrélation certaine entre le nombre de livres d'Harry Potter lus, et le degré de tolérance que les personnes pouvaient avoir vis-à-à vis des homosexuels et des immigrants. (retrouver l'étude)

 

« La lecture des romans d'Harry Potter est associée à l'amélioration des comportements, envers un groupe stigmatisé comme celui des homosexuels », conclut le rapport. Là encore, on peut rappeler qu'en 2007, Rowling avait avoué que, selon elle, le personnage de Dumbledore, le grand sage magicien, était homosexuel.

 

La troisième étude porte sur des élèves du Royaume-Uni, confirmant les résultats de la deuxième, montrait une augmentation de la capacité d'empathie, de par l'identification à Potter. 

 

Les chercheurs concluent alors que « la lecture des romans peut potentiellement s'attaquer à la réduction de réels préjudices », dans nos sociétés. Prenant en compte ces éléments, ils estiment que le livre permet plus d'associer des sentiments de compassion issus du livre et d' « améliorer les attitudes envers les réfugiés », par exemple. On note que chez les enfants italiens, les enfants décrits dans les livres comme les Sangs de bourbe (enfants dont aucun des parents n'est sorcier), ont exercé une influence particulière sur les lecteurs. 

 

 

Dumbledore est de la partie

mat2057, CC BU NC ND 2.0

 

 

En revanche, et sans surprise, on constate que les lecteurs qui prennent Voldemort comme référent, et s'identifient à lui, ne font pas particulièrement preuve d'une grande ouverture d'esprit. Au fil des intrigues secondaires des romans, des parallèles entre Hitler et le vil ennemi d'Harry apparaissent d'ailleurs, conduisant plus facilement à une forme d'intolérance pour ceux qui s'y identifient. 

 

« Ces recherches, outre qu'elles fournissent un apport important dans la recherche internationale, nous permettent d'identifier des stratégies d'intervention dans les écoles, qui sont faciles à appliquer, peu coûteuses et agréables pour les enfants et les jeunes. Ce sont des applications qui peuvent être insérées dans le programme scolaire normal et fournissent aux élèves des valeurs sociales essentielles à nos sociétés », assure le professeur Dino Giovannini, coauteur à l'initiative de cette étude.

 

Le Docteur Loris Vezzali, qui rassemblait l'ensemble de l'équipe, ajoute : « La lecture de ces histoires réduit les préjugés parce que le personnage principal, Harry Potter, a des relations positives avec les personnages appartenant à des groupes stigmatisés dans la société : bien que ces personnages soient fantastiques, ils sont humanisés par l'auteure, de sorte que les gens peuvent les associer à des catégories réelles, comme les immigrants, les réfugiés, les homosexuels. »

 

Les recherches ont été effectuées dans le cadre du RIMILab – Centro di Ricerca e Interventi su Relazioni Interetniche, Multiculturalità e Immigrazione de l'UNIMORE, université de Modène et de Reggio d'Émilie. (via Contro Campus)