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Royaume-Uni : Amazon mauvais payeur, les libraires s'en souviennent

Antoine Oury - 16.05.2014

Edition - Librairies - Amazon - Royaume-Uni - librairies


Tim Walker, le nouveau président de la Booksellers Association, organisme des libraires britanniques, nous l'expliquait lors de la Foire de Londres : si les indépendants sont pertinents pour les éditeurs et les lecteurs, les pressions fiscales et commerciales pèsent sur leurs revenus. Si le gouvernement ne semble pas décidé à les soulager, les paiements des charges permettent aux libraires de faire valoir leur civisme, par rapport à Amazon.

 


Tax

(Images Money, CC BY 2.0)

 

 

Comme dans les autres pays européens, Amazon ne paie pas les mêmes taxes que ses concurrents : basée au Luxembourg, la société n'est soumise qu'au seul code des impôts luxembourgeois, connu pour sa clémence. La situation pourrait changer, d'ici 2015, avec la mise en place d'un règlement de la TVA selon le taux en vigueur dans le pays de l'acheteur, et non selon celui du pays du vendeur.

 

Mais, en attendant une harmonisation fiscale européenne qui serait la bienvenue, les libraires britanniques ont décidé de ressortir des cartons les affiches proclamant qu'ils sont en règle avec leurs obligations fiscales, contrairement à leur principal concurrent en ligne. 

 

Dans le cadre de la campagne IndieBound, qui vise à mettre en valeur les commerces indépendants, plusieurs affiches avaient été créées pour souligner que les libraires étaient en règle, quand Amazon profitait du système. Lequel l'autorise pour le moment à éviter la taxation britannique, légalement. 

 

La semaine dernière, Amazon a versé 4,2 millions £ au gouvernement britannique, au titre de ses taxes sur les ventes. Ces dernières s'élevaient à 4,3 milliards £ sur l'année 2013. Les taxes prélevées par la Couronne sont plus élevées que l'année précédente (1 million £ supplémentaires), mais Amazon est encore une fois parvenu à optimiser son addition fiscale. La société aurait dû verser 9,7 millions £, mais a réussi à s'en sortir avec 4,2 millions £, après l'application de déductions offertes par le gouvernement.

 

 

 

 

Par ailleurs, comme en France, puisque la société créée des emplois en ouvrant des entrepôts, elle perçoit des aides à chaque inauguration : une somme qui s'élève à 2,1 millions £ pour l'année 2013. Et, quand bien même Amazon ne percevrait pas ses aides à la création d'emplois, la société est devenue spécialiste du chantage salarial, en menaçant par exemple certains États outre-Atlantique de renoncer à ses projets d'ouverture d'entrepôts si les taxes foncières, entre autres, ne sont pas baissées...

 

Margaret Hodge, présidente des Comptes Publics au sein de la House of Commons, avait assuré qu'elle boycottait désormais Amazon, au vu du peu de versements qu'il acceptait de céder au Trésor public. « Margaret Hodge a bien pointé la différence entre la contribution des libraires ayant pignon sur rue, pas seulement au Trésor mais également à l'économie et à la communauté, et celle qui est adoptée par Amazon », souligne Tim Godfray, le directeur exécutif de la Booksellers Association.

 

« Les taxes commerciales sont un véritable problème pour les libraires indépendants. Le système utilisé par le gouvernement pour taxer les propriétés commerciales est obsolète, et doit être modifié. Le consortium des commerces et la BA concentrent leur lobbying sur ce point particulier », nous expliquait Tim Walker, le président de la BA, en avril dernier à la Foire de Londres.

 

Amazon UK a déclaré des bénéfices de 17 millions £ pour 2013.

 

(via The Bookseller)