Royaume-Uni : dans l’édition, rémunérer les stagiaires pour plus de diversité

Joséphine Leroy - 09.05.2016

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Il y a un an, Spread The Word avait publié une étude sur le manque de diversité dans le monde de l’édition. 74 % des employés estimaient que l’industrie de l’édition était soit « peu diversifiée », soit « pas du tout diversifiée ». L’étude arrivait à la conclusion que, dans le secteur éditorial, les stages non rémunérés constituaient un obstacle à la diversité

 

Books

(Katherine Hodgson / CC BY-ND 2.0)

 

 

« Le monde de l'édition est pratiquement inaccessible à la classe ouvrière », s’inquiète Samantha Missingham, chef de développement chez HarperCollins. Dans l’édition, des professionnels appellent à une structuration des stages non rémunérés ainsi qu’à une surveillance des données. C’est ce qui a poussé Simon Collinson à publier une tribune ce 4 mai. Pour lui, il faut rémunérer les stagiaires pour trois raisons. 

 

La première, c’est qu’il est plus prudent, légalement, de les payer. En Angleterre comme aux États-Unis, cinq grandes maisons ne comptent plus ou comptent peu de stagiaires non rémunérés. Pour ce qui est des stagiaires non rémunérés, la durée de stage est toujours très limitée, car de longues périodes sans rémunération seraient juridiquement risquées. Aux États-Unis, des sociétés importantes se sont d’ailleurs heurtées à la Justice (Condé Nast, Hearst Corporation et Gawker Media, par exemple). 

 

L’avantage, c’est aussi qu’en dopant la rémunération des stagiaires, la qualité du travail sera supérieure. Raphael Monades, fondateur de la plateforme Rare Recruitement, espace de partage entre recruteurs et demandeurs d’emploi, développe : « Vous pouvez vous en prendre à la City autant que vous voulez, mais eux au moins paient les stagiaires alors qu’ils pourraient très bien ne pas le faire. Ils le font parce qu’ils veulent de la qualité, et pas seulement faciliter l’embauche […] La vérité, c’est que l’édition pourrait se permettre la rémunération des stagiaires, mais la rémunération des dirigeants mobilise de fortes sommes. » 

 

La rémunération des stagiaires encouragera la diversité des profils 

 

L’argument final est de taille : en rémunérant les stagiaires, l’édition pourra s’ouvrir à plus de diversité sociologique et ethnique, ce dont elle manque cruellement actuellement. « La littérature devrait rendre compte de la diversité au sein de la société, et même aller plus loin. [...] Une industrie de l'édition qui ne rend pas compte de la société dessert les auteurs, les lecteurs et elle-même », avait souligné Nicola Solomon, directrice de la Society of Authors, en prenant connaissance des résultats de l'étude Writing the Future.

 

Quelques exemples sortent du lot. Plusieurs éditeurs à travers le monde se sont engagés à mieux traiter leurs stagiaires : Scribe paie le minimum salarial et Other Stories a enregistré des bénéfices grâce à son programme en faveur de la rémunération des stagiaires. HarperCollins offre une formation intéressante et Verso se présente comme un bon élève dans le traitement de ses stagiaires. 

 

La difficulté de l’accès à la culture pour les minorités est profonde. Pourtant, il semble y avoir une éclaircie dans la brume : récemment, une étude rapportait que les minorités ethniques fréquentent davantage les bibliothèques publiques que les autres. Le monde éditorial pourrait suivre le même chemin.