Royaume-Uni : les auteurs inquiétés par les conséquences du Brexit

Antoine Oury - 06.12.2018

Edition - International - auteurs Brexit - Brexit litterature - Brexit Briefing


Outre-Manche, les négociations portant sur les conditions de sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne inquiètent les auteurs de l'écrit. Les industries créatives dans leur ensemble avaient manifesté leur opposition au Brexit, mais les écrivains, maillon particulièrement fragile de la chaine du livre, publient aujourd'hui un dossier réunissant leurs réclamations en vue de la sortie de l'UE.


BREXIT
(Paul Lloyd, CC BY-NC-SA 2.0)


Le cahier de doléances de quelque 10.500 auteurs, illustrateurs et scénaristes réunis au sein de la Society of Authors : l'organisation britannique a publié son « Brexit Briefing » pour réclamer aux autorités compétentes la prise en compte d'éléments importants dans les négociations sur la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. « L'industrie de l'édition britannique apporte une contribution importante aux revenus des industries culturelles en général, avec un chiffre d'affaires de 5,7 milliards £ en 2017 », rappelle ainsi la SoA.

Premier élément défendu bec et ongles par la société d'auteurs, le copyright, « qui ne doit pas se voir affaibli ou utilisé comme monnaie d'échange dans les négociations à venir ». Les mesures de la directive européenne sur le droit d'auteur, qui devrait entrer en vigueur avant le départ du Royaume-Uni de l'UE, doivent être conservées sur le territoire britannique, affirment les auteurs.

Parmi ces mesures, la SoA cite notamment celles qui visent à réduire l'écart entre les revenus des plateformes de diffusion et ceux des producteurs et des créateurs, mais aussi celles relatives à la transparence des comptes ou encore à la clause « best-sellers », qui donne la possibilité à un auteur de revoir son contrat d'édition si le succès de son livre dépasse toutes les attentes. La Society of Authors invite le gouvernement britannique à anticiper la sortie de l'UE et l'entrée en vigueur de la directive droit d'auteur en adoptant d'ores et déjà de telles dispositions.

Les auteurs réclament également, pour le bien des éditeurs et des libraires, un contrôle strict de l'épuisement des droits, avec l'adoption d'un régime national plutôt qu'international. Le premier éviterait que des ouvrages vendus une première fois de manière autorisée par les ayants droit ne puissent ensuite être revendus, loués ou prêtés de manière dérégulée au Royaume-Uni. En somme, un régime national permettrait d'éviter un marché de l'occasion trop agressif au Royaume-Uni.

Sur le plan économique, toujours, les auteurs demandent au gouvernement britannique d'appliquer sans tarder un taux de TVA nul sur les livres numériques, comme cela est déjà le cas sur les livres imprimés. L'Union européenne est désormais d'accord avec une telle décision, qui appartient donc aux autorités du Royaume-Uni.
 

Exports et liberté de mouvement


Les autres demandes de la Society of Authors portent sur les conditions d'export et de travail au Royaume-Uni. Le marché de l'édition grand public, au Royaume-Uni, tire 31,4 % de ses revenus de l'exportation, un chiffre qui s'élève à 60 % lorsque l'on considère tous les secteurs de l'édition. On imagine l'impact de restrictions liées au Brexit sur cette économie.

En conséquence, la SoA demande des conditions d'exports favorables et une transition douce vers un modèle de transaction et d'échanges de biens dans lequel le Royaume-Uni ne fait plus partie de l'UE. Cette dernière pèse pour 36 % des exports de livres imprimés du pays, et l'ajout de taxes ne serait sans doute pas très positif sur cette donnée...

La sortie de l'UE a des conséquences parfois inattendues : les subventions européennes pour la traduction et l'édition de livres à travers le programme Creative Europe, par exemple, ne seront plus accessibles. La SoA demande au gouvernement britannique de négocier une participation maintenue au programme, ou de compenser la disparition de ces aides par le déblocage de budgets.
 

L'industrie de l'édition chinoise pèse
10 fois plus que celle des États-Unis


Le gouvernement britannique, par le Brexit, entend s'opposer à l'immigration de « travailleurs détachés » au Royaume-Uni, qui diminuerait la valeur du travail et aurait une influence négative sur les salaires. Les autorités souhaitent ainsi fixer un salaire annuel minimal pour travailler à long terme au Royaume-Uni de 30.000 £. Sauf que les auteurs britanniquent gagnent en moyenne trois fois moins, avec 10.500 £... La SoA réclame donc des exceptions claires de la part du gouvernement.

De la même manière, les auteurs, qui travaillent le plus souvent sous un statut d'indépendant, doivent se voir accorder un visa spécifique pour pouvoir se déplacer à leurs aises au sein de l'Union européenne. La réciproque doit aussi être valable pour les auteurs étrangers souhaitant entrer au Royaume-Uni, à moins de vouloir exclure un grand nombre de créateurs des festivals et événements britanniques. « La liberté de mouvement et la circulation des idées sont essentielles à la vie créative », rappelle ainsi l'auteure Linda Grant.

Le Brexit Briefing est disponible ci-dessous ou à cette adresse.





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