Royaume-Uni : les bibliothèques au coeur “d'une crise sans précédent”

Antoine Oury - 30.03.2016

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Depuis plusieurs années, les Britanniques assistent à la fermeture de nombreuses bibliothèques de proximité, délaissées par le gouvernement et peu soutenues par des comtés aux budgets limités. Seules la vigilance des volontaires et pas mal de débrouillardise ont permis de conserver un semblant de réseau de lecture publique : les dégâts sont énormes, avec la disparition d’un quart des emplois, soit 8000 postes supprimés depuis 2010.

 

Library is Closed

(photo d'illustration, littlestar19, CC BY-NC 2.0)

 

 

Tout le Royaume-Uni est concerné par ses mesures de restrictions budgétaires décidées par le gouvernement Cameron, et défendues par le ministre de la Culture Ed Vaizey. Lorsque les militants dénonçaient un budget en baisse de 16 % en 5 ans, le ministre de la Culture britannique minimisait les effets de ces décisions sur la lecture publique et l'accès à la culture.

 

La BBC a souhaité en avoir le coeur net, et s'est donc lancée dans une vaste étude pour établir dans quelle mesure le réseau avait été transformé par ces restrictions budgétaires. Ce sont 350 établissements ou bibliothèques mobiles qui ont mis la clé sous la porte entre 2010 et aujourd'hui et, plus inquiétant encore, le nombre de volontaires en poste dans les bibliothèques est désormais supérieur à celui des employés.

 

La BBC relève en effet 24.044 personnes payées pour un poste de bibliothécaires, contre 31.977 en 2010, et 31.403 volontaires actuellement, contre 15.861 en 2010. Avec un volume de volontaires qui a doublé en six ans à peine, difficile de ne pas s'alarmer. Selon l'auteur Desmond Clarke, militant de longue date contre les coupes budgétaires, l'examen de la BBC fournit « une image fidèle de ce qui est vraiment en train d'arriver au sein du service public des bibliothèques ».

 

Laura Swaffield, à la tête de Library Campaign, qui rassemble des militants et activistes mobilisés pour le maintien du réseau, a salué l'étude de la BBC, tout en déplorant que le gouvernement ne l'ait pas réalisée plus tôt et s'appuie sur des données vieilles de plusieurs mois pour juger de l'état du réseau et de la politique à mettre en oeuvre pour le préserver.

 

Edward Vaizey, la stratégie de l'autruche ?

 

Les critiques pleuvent sur le ministre de la Culture Ed Vaizey : « Il était à la radio ce matin même pour expliquer combien les bibliothécaires professionnels étaient importants, et que les volontaires ne pourraient jamais les remplacer. Mais jusqu'à présent, il n'a fait qu'encourager la gestion des établissements par des volontaires », souligne ainsi Laura Swaffield.

 

Ses déclarations sur des coupes budgétaires uniquement réalisées par le parti travailliste [Vaizey est affilié au parti conservateur de Cameron, NdR] ont également été tournées en ridicule. Vaizey s'est défendu en estimant que l'avenir des bibliothèques n'était pas « catastrophique » : « De nombreuses initiatives sont mises en place, dont on devrait parler ». 

 

Interrogé sur l'explosion du nombre de volontaires, Vaizey a expliqué que « [l]es gens ont besoin de bibliothécaires, cela va sans dire. Mais le recours aux volontaires est, je pense, gagnant-gagnant, parce qu'ils sont des résidants locaux et peuvent ainsi véritablement modeler la bibliothèque selon les besoins. » Un bibliothécaire formé et payé pourrait tout aussi bien assumer ce rôle, rétorquent les militants. Inutile de souligner que le ministre est loin d'avoir convaincu.

 

« Je ne suis pas contre le volontariat, mais s'appuyer sur des volontaires pour un service qui doit être assuré [aux citoyens] n'est pas une bonne politique. Et ensuite ? On va proposer des volontaires dans les écoles parce que les moyens seront en baisse ? » a interrogé Philip Pullman, autre militant de longue date. Depuis 2010, les activistes rappellent en effet le gouvernement à ses devoirs, et notamment à une loi de 1964, le Public libraries and museums act, qui oblige le gouvernement à fournir un service de lecture publique de qualité.

 

Par ailleurs, les actions du gouvernement lancées fin 2014 pour moderniser le réseau des bibliothèques sont aussi moquées, puisqu'elles concernent un millier d'établissements environ et se concentrent essentiellement sur le WiFi et le prêt numérique.

 

(via BBC, The Bookseller)