Royaume-Uni : toutes les bibliothèques devraient rémunérer les auteurs

Antoine Oury - 31.07.2019

Edition - Bibliothèques - Royaume-Uni bibliotheques - pret livres auteurs - remuneration auteurs


Au Royaume-Uni, une tendance nette se dessine depuis plusieurs années : de plus en plus de bibliothèques, abandonnées par les collectivités et l'État, se retrouvent entre les mains de volontaires. Leur engagement s'avère indispensable pour préserver le réseau de lecture publique. Mais les établissements gérés de cette manière ne versent pas de paiements aux auteurs pour les prêts de leurs livres, une situation dénoncée par les écrivains eux-mêmes.

Minchinhampton community library noticeboard
(photo d'illustration, Libraries Team, CC BY 2.0)


Le désengagement de l'État et les difficultés budgétaires des comtés, au Royaume-Uni, ont placé nombre d'établissements de prêt dans une situation sans issue : à la fermeture, de nombreuses communautés ont préféré la mise en place d'une gestion basée sur le bénévolat, s'appuyant sur des volontaires. Ces derniers ont permis de conserver un réseau pour la lecture publique, tant bien que mal.

Évidemment, une telle situation est loin d'être la meilleure : privés de budget minimum, les établissements ne peuvent pas renouveler leurs collections, ou proposer des horaires d'ouverture suffisants. Et une autre différence de taille avec les établissements sous la tutelle des collectivités persiste : les bibliothèques gérées par des volontaires n'entrent pas dans le périmètre du Public Lending Right (PLR), le droit de prêt britannique.

Celui-ci, à l'image du droit de prêt français, garantit aux auteurs une compensation financière au prêt de leur livre par les bibliothèques. À l'aide des données collectées chaque année, les auteurs reçoivent une certaine somme d'argent, proportionnelle aux emprunts de leurs ouvrages par les usagers, versée par l'État.

Or, considérant les difficultés budgétaires et l'absence de financement garanti pour les bibliothèques gérées par des volontaires, ces dernières ne sont pas concernées par le PLR. Autrement dit, leurs prêts échappent totalement aux auteurs.
 

Le gouvernement pas vraiment volontaire


La Society of Authors, organisation qui représente les auteurs britanniques, s'inquiète à juste titre de cette exclusion, d'autant plus que le nombre d'établissements de prêt gérés par des volontaires ne fait qu'augmenter au Royaume-Uni. « Le PLR est conçu pour équilibrer le besoin social d'un accès gratuit aux livres avec le droit de l'auteur à être rémunéré pour son travail », rappelle Nicola Solomon, PDG de la Society of Authors. « Ce principe doit s'appliquer à tous les établissements, peu importe leur gestion. »

En septembre prochain, le PLR fêtera ses 40 ans, l'occasion, selon la Society of Authors, de corriger cette bizarrerie en commençant à collecter les données de prêt des établissements gérés par des volontaires. Pour légitime qu'elle soit, cette demande n'enthousiasme pas le gouvernement britannique : enregistrer les données de prêt de ces établissements nécessiterait la mise en place d'une infrastructure que ni l'État ni les collectivités ne semblent vouloir prendre en charge.
 
Cela dit, le PLR ne collecte les données de prêt que sur un échantillon d'établissements, une trentaine, qui changent chaque année : en 2018, un peu plus de 22.000 auteurs britanniques ont touché de l'argent du PLR, à raison de 8,2 pence (environ 8,9 centimes €) par prêt, rappelle The Bookseller.

Le département du Numérique, de la Culture, des Médias et du Sport, qui finance le PLR à hauteur de 6,6 millions £ par an, a assuré que l'extension du système à tous les établissements de prêt du pays n'était pas au programme. Les auteurs devront sans doute trouver des alliés politiques pour convaincre le gouvernement du bien-fondé de leur demande...


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