Rupert Murdoch convoite l'éditeur Simon & Schuster

Clément Solym - 21.11.2012

Edition - Economie - Rupert Murdoch - Simon & Schuster - News Corp


Dès l'annonce de la fusion entre Random House et Penguin, le magnat de la presse Rupert Murdoch prenait l'initiative d'une offre de rachat de la maison d'édition au manchot, qui aurait alors fusionné avec sa propre structure HarperCollins. Malgré 1,6 milliard $ posé sur la table, la fusion avec Random House, plutôt que la vente, a été préférée. Mais News Corp annonce désormais ses vues sur Simon & Schuster.

 

Leslie Moonves, président et PDG de CBS (via WSJ)

 

 

Depuis quelques semaines, les noms de News Corp et Rupert Murdoch reviennent régulièrement : à propos de divers scandales médiatiques, certes, mais aussi sur des rumeurs régulières de rachats dans le monde des médias : Noël approche. Ainsi, outre les velléités exprimées à l'encontre de Penguin, (voir notre actualitté) suivies par d'autres tournées vers le Financial Times, (voir notre actualitté), l'éditeur Simon & Schuster est désormais sur la liste de Murdoch.

 

Et l'information semble provenir d'une source sûre, puisque le Wall Street Journal, propriété de Murdoch, l'affirme : les pourparlers, même « préliminaires » sont bel et bien entamés entre News Corp et CBS Corp, actuel détenteur de S&S. Dans une interview au Wall Street Journal, Leslie Moonves, Président et PDG de CBS Corp, admettait : « Bien sûr, nous prendrons en considération toute offre [...] Si Mr Murdoch appelle, je serai toujours intéressé par ce qu'il a à dire. »

 

Le PDG ne s'est toutefois pas risqué à fixer un prix sur la maison d'édition, et en souligne même les excellents résultats : « Je ne crois pas que l'édition aille mal » souligne-t-il comme pour rassurer son interlocuteur. « Nous ne mettrons jamais un prix sur Simon & Schuster », mais tout de même : quel meilleur médium que le Wall Street Journal pour faire passer un message à Murdoch ? Les 1,6 milliard $ proposés pour Penguin pourraient d'ailleurs convenir à Simon & Schuster, qui a réalisé ce chiffre d'affaires en 2011.

 

L'union fait la force

 

L'hypothèse d'une vente semble toutefois peu probable, étant donné les profits mis en avant par Moonves, et une joint-venture (coentreprise) serait toute désignée : elle permettrait à Simon & Schuster de compléter son catalogue d'écrivains à succès (Mary Higgins Clark, Walter Isaacson, Lauren Weisberger, Bob Woodward...) avec les titres de Paulo Coehlo ou Margaret Atwood.

 

Mais aussi de réaliser de sensibles économies d'échelle, avec une probable restructuration des deux maisons, également réunies sur un plan matériel : « La technologie ne nous fait pas peur » explique Moonves, motivé pour exploiter les possibilités de l'édition numérique. (voir notre actualitté)

 

Du côté de News Corp., les activités des différentes sociétés sont désormais distinctes, avec une nette séparation entre l'édition (Wall Street Journal et HarperCollins) et l'audiovisuel (Twentieth Century Fox, Fox News) : « Le nouveau groupe d'édition devrait bénéficier d'une somme considérable de liquidités, qui pourrait potentiellement être utilisé pour des acquisitions » explique encore le WSJ, aux premières loges.

 

Random House gagnerait en puissance de décision dans ce sous-groupe à News Corp., ce qui lui laisserait de la marge en cas de collaboration avec une maison presque aussi importante en termes de parts de marché : aux États-Unis, HarperCollins pèse pour 12 % de celles-ci, tandis que Simon & Schuster s'en octroie 9 %. De plus, une proposition d'acquisition par un groupe affilié à News Corp., mais sous un nom différent, dissiperait les craintes des auteurs et éditeurs après l'affaire des écoutes téléphoniques...

 

Les Big Six fusionnent : Random House et Penguin ne feront plus qu'un fin 2013, et si l'opération entre Simon & Schuster et HarperCollins est menée à son terme, seuls Hachette et Macmillan resteront en solitaire. Pour eux, il sera alors difficile de s'imposer face aux 30 % de parts de marché de la fusion Penguin Random House, et aux potentiels 20 % de l'alliance HarperCollins/Simon & Schuster...