Rupert Murdoch convoite Penguin : agents et auteurs inquiets

Clément Solym - 29.10.2012

Edition - Economie - Penguin - Rupert Murdoch - HarperCollins


Depuis la semaine passée, l'annonce d'une fusion entre les groupes Bertelsmann et Pearson, pour rapprocher leurs filiales éditoriales, provoque question et intérêt. L'aventure du rachat de Flammarion par Gallimard en France avait agité la rentrée, certes, mais la création d'une société commune pour ces deux mégacorporations a de quoi peser sur le monde du livre. Et mettre tout le monde d'accord : c'est plutôt inquiétant... 

 

 

Day 286

Prendio2, (CC BY-SA 2.0)

 

 

D'un côté, Pearson et son groupe Penguin, de l'autre Bertlesmann et la firme Random House. Et tout cela irait très bien. Mais entre temps, le magnat des médias, Rupert Murdoch, a fait une offre de rachat, proposant que son groupe, News Corp, reprenne Penguin. Et dans ce cas, la fusion se ferait avec la filiale HarperCollins de News Corp, et non plus avec Random House. Ce qui place tout de même Penguin dans une délicate position d'acteur en mesure de se faire croquer, certes pas tout à fait par n'importe qui, mais croquer tout de même. 

 

Sauf que Murdoch ne s'intéresserait qu'à la reprise de la firme, alors que l'accord avec Bertelsmann permettrait à Pearson de conserver un morceau de Penguin. Dans le projet de fusion, Bertelsmann, qui déteindrait alors 60 % des parts de cette nouvelle entreprise, s'octroierait près de 30 % du marché du livre en langue anglaise. Dans le cas d'une fusion entre Penguin et HarperCollins, les parts de marché descendraient à 20 %.

 

Murdoch aurait d'ailleurs déjà mis sur la table une enveloppe de 1,6 milliard $ pour ce rachat, mais au-delà de la somme rondelette, vente et fusion sont deux démarches radicalement différentes pour le devenir de Penguin. Le chiffre ne sort pas non plus de nulle part : en 2011, Penguin a réalisé un chiffre d'affaires de 1,61 milliard $, avec une baisse de 4 % en regard de l'année 2010. En parallèle, les ventes de livres numériques étaient en croissance de 12 %, soit 6 % de mieux que pour la même année. 

 

La guerre stratégique des Titans

 

On aurait en effet, d'un côté la diminution des coûts, massive, les économies d'échelle, le tout avec pour perspective d'accroître la recherche en matière de livres numériques, mais également d'augmenter les recettes - du fait des différentes tailles dans les dépenses. Une logique assez contemporaine, qui vise moins à trouver des produits innovants, qu'à optimiser le chiffre d'affaires qu'une entreprise peut réaliser. 

 

De l'autre côté, le rachat par News Corp,  permettrait avant tout, un apport de trésorerie à Pearson, ce qui lui offrirait de pouvoir mener des développements stratégiques dans le domaine du livre scolaire. On taille dans les filiales, et l'on peut continuer à croiser les doigts pour que Bertelsmann accepte la fusion des sociétés restantes. D'autant que, dans ce cas de figure, les questions de monopole ou de position dominante se poserait moins. Et dans le cas d'une fusion avec HarperCollins, le passage devant l'autorité de la concurrence se changerait en une sorte de formalité.

 

Dans tous les cas, entre l'offre de Murdoch, la possibilité d'une fusion, et - qui sait ? - un nouveau concurrent dans les enchères, Pearson deviendrait très convoité.

 

Sauf que, si pour le commun des mortels, ces réflexions menées dans les hautes sphères, n'ont pas grand-chose d'accessible, elles auront tout de même des retombées sur le monde éditoriale. HarperCollins possède au catalogue des auteurs comme Paolo Coelho ou encore Margaret Atwood, et du côté de Penguin, c'est le catalogue prestige des classiques qui fait figure de proue dans l'océan de l'offre.

 

Mais du côté des agents, autant que des auteurs, l'avenir de Penguin commence à avoir quelque chose de sombre, tout particulièrement depuis l'arrivée de News Corp dans l'arène. 

 

News Corp, "une institution toxique"

 

C'est qu'au Royaume-Uni, personne n'a encore oublié l'affaire des écoutes téléphoniques, opérées par certains médias britanniques, et moins encore, les scandaleux rapprochements entre les directeurs desdits médias et le pouvoir politique. Or, dans toutes ces affaires, c'est bien la société News Corp et son patron, Rupert Murdoch, qui étaient au coeur des polémiques. 

 

Pour Simon Neville, auteur d'un ouvrage sur l'actuel déclin de News Corp, les agents et les auteurs semblent tétanisés, à l'idée de rejoindre « une institution toxique ». La fusion avec HarperCollins ferait perdre tout le charme et l'image de marque de Penguin ; au diable, les vertus de l'éditeur. Et citant plusieurs témoignages de personnes, restées anonymes, on retiendra que si une fusion avec Random House inquiète, celle avec HarperCollins terrorise. Évidemment, dans un contexte où les groupes éditoriaux doivent avoir de l'envergure pour négocier avec les groupes de distribution, l'une ou l'autre des solutions est à envisager. Et comme Pearson, Bertelsmann et News Corp refusent pour l'heure de commenter, on en reste là.

 

Avec ce petit commentaire tout de même : « HarperCollins est une maison moins tournée vers les auteurs. Ils ressemblent à une organisation monolithique et centralisée, de sorte que seul Murdoch tire les ficelles et que son état d'esprit se retrouve distillé dans toute l'entreprise. Penguin est au contraire peut-être le seul éditeur qui a encore une marque en or. Partout dans le monde, ils sont connus pour leurs éditions de poche et ont une excellente réputation. »

 

A croire que tout ne se fera pas aussi facilement ?




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