Harlequin chez News Corp : 300 millions €, la bonne affaire ?

Nicolas Gary - 03.05.2014

Edition - International - editions Harlequin - HarperCollins - livres numériques


Dans l'arène des cinq grands éditeurs américains, HarperCollins, filiale du groupe News Corp, appartenant à Rupert Murdoch, vient de s'offrir les services du plus grand éditeur de romance de la planète. En annonçant l'acquisition des éditions Harlequin, pour quelque 300 millions € (455 millions $ CA), News Corp frappe très fort, et surtout, apporte un souffle financier à Torstar, l'ancien propriétaire. Cette société, qui édite le journal Toronto Star, particulièrement endetté, profitera de la manne pour se remettre un peu à flots. 

 

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dno1967b, CC BY 2.0, sur Flickr

 

 

Mais la vente, dévoilée hier, n'est pas encore réglée. Il faudra tout d'abord obtenir les différentes approbations des autorités canadiennes et américaines, ainsi que la mise en conformité par rapport à l'Investment Canada Act. Cette législation valide, ou pas, les transactions et cessions sur le territoire. 

 

Chose intéressante : depuis 2011, les revenus de Harlequin n'ont pas cessé de diminuer, passant de 459 millions $ CA à 426 en 2012, et 398 en 2013. Autrement analysé, si l'éditeur a assuré une transition numérique forte, cette dernière pourrait ne pas avoir les vertus qu'on lui prête. À ce jour, 24 % de son chiffre d'affaires est réalisé par les ventes numériques. En face, le groupe HarperCollins présente une croissance de 4 %, de 377 millions $ US, cette fois, à 391 millions, pour l'année passée. 

 

Rappelons que durant toute l'année 2012, Harlequin a été la première, et directe, victime des ventes pharaoniques de la saga Fifty Shades of Grey, publiée chez Random House. Un choc, alors que l'on aurait certainement plus attendu ce type de littérature chez le grand spécialiste de la question. Surtout que les lecteurs de romance sont toujours particulièrement voraces, garantit Brian Murray, PDG de HC, avec 50 à 100 livres par an (si, si…). « Certes l'ensemble de notre industrie passe par une transition de l'imprimé au numérique, aussi l'entreprise va changer, mais je pense que la lecture de livres d'amour ne disparaîtra pas. »

 

Et pour cause : combien de fois a-t-on pu lire des études ou des avis de lecteurs, qui jouissent tout particulièrement de la discrétion d'un lecteur ebook, pour savourer ces lectures audacieuses. Quand il n'y a pas de couverture pour trahir la lecture, on ne se prive plus...

 

Durant toute l'année 2012, Harlequin a été la première, et directe, victime des ventes pharaoniques de la saga Fifty Shades of Grey...

 

 

Les deux parties n'ont pas beaucoup commenté cette annonce : tout le monde se concentre sur la conclusion de l'affaire, et l'on répète que Harlequin conservera son identité propre, en tant que filiale de HC. Mais au terme de la fusion, personne n'évoque ni les mesures de licenciements ni de dégraissage - il serait encore trop tôt. Or, Harlequin compte tout de même plusieurs milliers d'employés sur le monde entier. Difficile de croire que, tant aux États-Unis, qu'en Grande-Bretagne, certains postes ne feront pas doublon…

 

David Holland, CEO de Torstar, assure que la transaction est non seulement profitable pour les investisseurs du groupe, mais surtout pour la santé financière de la société de presse, qui en avait passablement besoin. Les actions ont d'ailleurs rapidement grimpé, + 21 %, pour arriver à 7,67 $ CA à la bourse de Toronto. Une partie de l'argent, 158,5 millions $ CA, servira au rachat de la dette actuelle.

 

Torstar a été comme un adolescent qui a souffert d'une crise d'identité durant un certain nombre d'années, et qui passait d'une mode à l'autre, sans trouver le meilleur pour ses actionnaires, reconnaît-on. Et la vente d'Harlequin devrait permettre de se concentrer sur les activités originelles. David Holland lui-même confesse avoir agi toujours pour le bien-être de la société, mais que la stabilité financière de Torstar est bien ébranlée depuis ces dernières années. L'apport résultant de la vente de Harlequin sera une véritable manne.

 

Reste que pour Harlequin lui-même, la fusion représentera de nouvelles opportunités : plusieurs de ses initiatives éditoriales, lancées en 2013, n'ont jamais vraiment abouti, et se sont retrouvées avec quelques livres seulement publiés l'an passé. HarperCollins apportera une nouvelle diffusion, certainement plus internationale. En 2013, justement, l'ensemble de la maison avait connu une vague de restructuration, pour faire face à la diminution du chiffre d'affaires enregistré au cours des deux années précédentes. 

 

Rappelons également qu'en début de semaine, Harlequin, qui faisait l'objet d'un procès intenté par des auteurs, s'estimant lésés sur le montant de leurs droits pour la vente d'ebooks. La procédure, lancée en juillet 2012, avait porté un coup sévère à la réputation même de l'éditeur, qui en terme d'image a beaucoup perdu. Un recours collectif, ou class action, n'est jamais très sexy quand on souhaite parler d'amour. 

 

Les auteurs faisaient en effet valoir qu'on leur avait promis 50 % de revenus sur les ventes nettes, mais dans le même temps, contractuellement, une licence interne ramenait à 6 à 8 % les droits perçus. Cela permettait à Harlequin de jurer que les recettes avaient été bien plus faibles que ce que les détaillants lui reversaient. Dans le jugement rendu cette semaine, il a été reconnu que les droits perçus étaient en effet trop peu importants, mais les contrats, en eux-mêmes, ne semblent pas avoir été mis en cause. 


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