Rupi Kaur, la poétesse aux 500 000 recueils vendus

Cécile Mazin - 01.09.2016

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C’est le succès de librairie inattendu, venant d’une maison d’édition spécialisée dans le livre humoristique et les titres cadeaux. Et contre toute attente, Andrews McMeel Publishing est en train de faire des merveilles avec un ouvrage de poésie. Ou presque. Le troisième recueil de Rupi Kaur, originaire du Pakistan, Milk and Honey, originellement autopublié, a dépassé les 450.000 exemplaires vendus. Et continue de s’écouler à 30.000 exemplaires par semaine, indique l'éditeur américain.

 

 

 

Ce livre n’est pas le premier du genre poésie que fait paraître l’éditeur : en 2013 sortait Love and Misadventure, de Lang Leav. Et à ce jour, l’ouvrage s’est écoulé à 150.000 exemplaires, avec un nouveau titre paru l’année suivante, Lullabies

 

D’ailleurs, note Kirsty Melville, l’éditrice et présidente de AMP, le succès du livre de Rupi Kaur est définitivement à mettre sur le crédit de l’auteure. Livre sous la main, elle a multiplié les tournées sur les campus américains, cherchant à partager son expérience de l’écriture poétique. Et se constituant un lectorat, progressivement.

 

Milk and Honey a connu un démarrage assez lent, à sa sortie, à l’automne dernier. C’est à partir de janvier 2016 que la demande s’est consolidée, et n’a cessé d’augmenter. Un best-seller avec un recueil de poèmes, le tout dans une improbable maison pour ce genre littéraire, on tient là un véritable phénomène. 

 

C’est que Rupi Kaur s’est constitué une communauté forte, et entretient un lien véritable avec les lecteurs des premiers temps, autant qu’avec ceux qui la découvrent. « Chaque fois qu’elle publie quelque chose, les gens réagissent. C’est aussi simple que cela : son écriture les touche », indique l’éditrice. 

 

Inutile de dire que la présence de l’auteur sur les réseaux sociaux est constante : Instagram, Twitter, Facebook, à tout moment, elle parle, raconte, intervient, commente, partage... Et mets en scène tant son écriture que ses propres séances d’écriture – ou même de lecture. 

 

 

 

Une photo publiée par rupi kaur (@rupikaur_) le

 

 

 

En juin dernier, l’auteure avait fait l’objet de vives attaques, du fait de cette présence sur les réseaux sociaux. Elle avait publié une photo d’elle, allongée dans son lit, avec la marque de ses règles sur le pantalon qu’elle portait. Instagram avait censuré la photo, et, en réponse, l’auteure dénonçait l’hypocrisie des réseaux et de leurs conditions d’utilisation...

 

Peut-être, estime l’éditrice, que la poésie a quelque chose de plus connecté que jamais, dans sa forme, avec notre époque : une forme courte, des messages abrégés, la connexion entre Twitter et le haïku n’est plus à faire, tant elle a été analysée. Mais les textes de Rupi Kaur sont-ils encore poétiques, véritablement ? AMP se défend d’être une maison spécialisée dans la poésie, pourtant, l’éditrice défend les poèmes de son auteure : « Oui, c’est de la poésie, mais je pense que nous publions une forme de communication pour les temps modernes, qui se trouve être de la poésie, au lieu d’être un éditeur de poésie. » 

 

Rupi, elle-même, n’en revient toujours pas : la publication chez AMP relevait du rêve, alors qu’elle avait essuyé tous les refus du monde. « Il n’y avait pas de marché pour une poésie qui parle des traumatismes, des abus, de la perte, de l’amour et de la guérison, vus à travers le prisme d’une femme immigrante sikhe et pendjabi. »

 

Manifestement, si.

 

via Publishers Weekly, Guardian