Rupture dans une relation culturelle arabo-israélienne autour de livres

Clément Solym - 01.10.2008

Edition - Société - échanges - culturels - Arabe


De longue date, Saleh Abbasi a vendu des livres entre Israël et les pays arabes voisins : 15 ans de relations commerciales stables et fragiles, mais un lien culturel suffisamment rare pour être préservé. Sauf qu'en août, les autorités israéliennes ont refusé de renouveler le permis de travail, sous prétexte que le Liban et la Syrie, des pays « ennemis », faisaient partie des clients.

« Comment le Peuple du Livre peut-il être contre les livres », s'interroge alors l'éditeur. D'autant que le porte-parole du ministère du Commerce s'est refusé à plus d'explications, citant simplement une restriction qui interdit l'importation de marchandises en provenance de quatre pays : les deux incriminés, ainsi que l'Iran et l'Irak.

Pour Abbasi, ce commerce était avant tout le moyen de maintenir pour le 1,2 million de citoyens arabes, un lien avec leur culture. Mais avec le temps, il est également parvenu à vendre plus d'un demi-million d'exemplaires de 16 titres en hébreu au Liban, en Syrie, à la Jordanie, l'Égypte, l'Arabie saoudite ou au Qatar...

Si nombre de ces livres sont avant tout des biographies d'hommes d'État, elles montrent un intérêt pour les pays voisins et pour certains auteurs de romans, la traduction en arabe devient plus que symbolique. Gila Almagor, actrice, estime que son « histoire est universelle et que la publication en arabe contribuerait à donner à Israël et son peuple, un visage et une image autres que celles du conflit ».

Abbasi considère cette interdiction est « plus que décevante. C'est un choc pour les gens comme moi qui savent que les meilleurs livres arabes viennent de la capitale de la culture arabe, à Beyrouth ». Et pour lui, si l'interdiction devait s'avérer définitive, « j'ai deux choix : fermer ou quitter le pays ».