Rushdie, Kundera... Le Chacal sonne le rassemblement contre Amazon

Antoine Oury - 29.09.2014

Edition - International - Salman Rushdie Philip Roth - Andrew Wylie Amazon - chacal guépard Authors United


La lutte entre Amazon et Hachette, dans laquelle le premier demande de meilleures marges sur les ventes de livres numériques, semble peu à peu se transformer en conflit entre les auteurs et le revendeur. Depuis plusieurs mois, le groupe Authors United, qui rassemble donc quelques grands noms de l'édition, multiplie les opérations de communication contre la firme de Jeff Bezos. Et vient à nouveau de gagner quelques alliés.

 

 

Storm Crowd

(JD Hancock, CC BY 2.0) 

 


Non des moindres : l'agent littéraire Andrew "le Chacal" Wylie a passé quelques coups de fil ce week-end pour convaincre certains de ses clients de se joindre à la résistance. Et quand on a l'agenda de Wylie... Salman Rushdie, Philip Roth, Orhan Pamuk, V. S. Naipaul ou Milan Kundera ont visiblement dit oui à la proposition du redoutable agent.

 

Ils rejoignent donc la fronde des auteurs qui se déploie depuis des mois contre Amazon, et autant dire que la balance est franchement de leur côté — et, implicitement, du côté de Hachette. Le cybermarchand n'est jamais très prompt à communiquer, sauf à l'occasion d'un nouveau produit ou d'une offre jamais vue. Lorsqu'il l'a fait, dans le cadre du conflit avec le groupe d'édition, les résultats ont été catastrophiques...

 

À l'inverse, les auteurs ont droit de cité dans la plupart des publications, qu'il s'agisse du New York Times — qui apprend aujourd'hui la nouvelle lignée d'auteurs vs. Amazon — ou de la plupart des publications professionnelles. Un passage à la télévision pourra également servir leur cause, par un petit mot à l'encontre du revendeur. La loi du silence en vigueur chez Amazon pourrait bien se retourner contre la société, pour une fois...

 

« Il est très clair pour moi, et pour les gens que je représente, que ce qu'Amazon fait est au détriment de l'industrie de l'édition et de l'intérêt des auteurs. Si Amazon n'est pas stoppé, nous allons faire face à la fin de la littérature en Amérique », annonce carrément Wylie dans les colonnes du journal. L'agent était déjà bien connu pour ses positions fermes contre Amazon, exposées depuis le début d'année.

 

« Au début, je pensais qu'Amazon était une belle idée, car contrairement aux chaînes, chaque livre était présenté comme un exemplaire unique, sur une table infinie », expliquait-il, avant de souligner que les plans de Bezos se résumaient à « faire avec l'édition ce qu'Apple avait fait pour l'industrie de la musique ». Autrement dit, faire baisser les coûts, et surtout le prix de vente, pour attirer le chaland.

 

« Donc, je suis opposé à Amazon, car c'est un monopole, ils ont le soutien du gouvernement et contrairement à l'industrie de la musique, je pense que si vous détruisez l'édition, vous détruisez la culture », terminait-il alors, en se plaignant de la procédure du ministère de la Justice américain contre Apple, pour avoir fixé les prix avec le concours des éditeurs. Personne ne s'étonnera donc de le voir soutenir la procédure antitrust demandée par les auteurs, contre Amazon, cette fois.

 

Wylie a également fourni au New York Times une liste des ayants droit de différents auteurs, qui ont eux aussi répondu positivement à son appel : Saul Bellow, Roberto Bolaño, Joseph Brodsky, William Burroughs, John Cheever, Allen Ginsberg, Norman Mailer, Arthur Miller ou Hunter S. Thompson... Si le grand public ne sera pas forcément sensible à ces arguments littéraires, les observateurs redoutent — ou attendent, selon leur position — des effets sur la valeur des actions d'Amazon en Bourse, le véritable point faible de la société.