Rushdie : la fatwa, plus mortelle encore à l'ère des réseaux sociaux

Clément Solym - 01.10.2012

Edition - International - Salman Rushdie - Fatwa - Joseph Anton


Selon l'AFP, l'écrivain Salman Rushdie faisait ce lundi à Berlin la promotion de son dernier ouvrage, Joseph Anton (voir notre actualitté). Dans cette optique, l'auteur des Versets sataniques, toujours menacé de mort par la fatwa iranienne s'est exprimé à l'occasion d'une conférence de presse. Il est revenu une nouvelle fois sur le sujet de la condamnation religieuse dont il constitue la cible, en évoquant les dangers qu'auraient pu constituer les réseaux sociaux pour le fugitif qu'il était.

 

 

 

L'écrivain britannique a dénoncé les travers d'une société dans laquelle on peut nier la liberté d'expression.  Il a soutenu l'idée que de se faire l'avocat du bannissement des oeuvres et de la condamnation à mort d'autrui, pour la simple raison qu'un individu se sentait offensé par des propos, était absurde. Selon l'auteur il n'existe pas de monde ou l'on peut vivre sans jamais risquer de se sentir offensé.

 

Il a également évoqué le cas du film américain Innocence of Muslims qui a dernièrement suscité indignations et violences dans le monde musulman : « Il ressemble au pire clip jamais réalisé, mais il n'y a aucune justification pour y répondre par la mutilation et le meurtre ».

 

Salman Rushdie a rappelé que la campagne de dénigrement lancée contre son livre en 1988 s'est faite de manière autant efficace qu'internationale, en dépit du fait qu'elle n'avait à sa disposition que des fax et des téléphones.

 

Au sujet des nouvelles technologies de l'information, l'auteur a déclaré : « Il n'y avait essentiellement pas d'email, pas de textos, pas de Facebook, pas de Twitter, pas d'internet, et cela a bien sûr calmé les attaques. [...] Si tout le monde pouvait tout savoir instantanément, il deviendrait possible de mobiliser les gens contre le livre avec plus de promptitude et cela serait devenu plus dangereux aujourd'hui. »

 

Salman Rushdie a également confié qu'il ne pense pas que l'expérience de la fatwa ait eu une réelle influence sur son écriture. Il a rapporté : « Je me suis dit très consciencieusement... Ne tombe pas dans le piège de la peur et ne tombe pas dans le piège de la vengeance et essaie juste et continue d'être l'écrivain que tu es ».

 

C'est dans ce même monde où les géants de la littérature ont également perdu de leur influence, que Rushdie évolue aujourd'hui. Voilà quelques jours, il confiait :  « J'ai le sentiment que la littérature est moins importante. Si vous regardez l'Amérique, par exemple, il a une génération plus ancienne que la mienne dans laquelle des écrivains comme Susan Sontag et Norman Mailer, ou Gore Vidal avaient une influence significative sur le public dans les questions quotidiennes. Maintenant, il n'y a pratiquement plus d'auteurs pour cela. »

 

Et en lieu et place des plumes, ce sont les acteurs qui prennent le micro. « Vous avez des stars de cinéma qui le font : si vous êtes Georges Clooney ou Angelina Jolie, alors vous avez la possibilité de parler de questions d'intérêt public... Et les gens vous écoutent comme ils auraient écouté Mail. C'est un réel changement. » (voir notre actualitté)




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