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Rushdie n'est pas un héros parce que ses livres sont interdits

Clément Solym - 23.01.2012

Edition - International - Inde - Salman Rushdie - interdiction


Jaipur sera devenu le centre névralgique de tout un questionnement, sur la liberté d'expression, alors que le romancier Salman Rushdie devait intervenir dans le cadre de plusieurs conférences et tables rondes. Oui, mais voilà : les Versets sataniques ne sont pas du tout digérés, et l'écrivain a dû annuler sa visite, alors qu'il était informé de possibles menaces terroristes...

 

Face à cette révoltante situation, causée par quelques groupes religieux extrémistes musulmans en Inde, et un gouvernement pusillanime, désireux de ne pas s'aliéner les voix d'électeurs, l'écrivain Chetan Bhagat, a déclaré, à l'occasion du Festival, que les auteurs dont les livres étaient interdits, n'avaient pas à recevoir des soutiens inconditionnels. 

 

Selon l'auteur indien, dont les livres se sont vendus à quelque 5 millions d'exemplaires, les mouvements de protestations autour de la venue de Salman Rushdie sont condamnables. Mais pour autant, il n'approuve pas que le public ou les médias hissent les écrivains censurés au rang de héros dans la défense de la liberté d'expression, rapporte Reuters. 

 

 

Selon lui, les livres interdits « ont blessé des gens, ils ont blessé des musulmans. Je ne pense pas que quiconque devrait voir son livre interdit, mais ne faisons pas d'eux des héros. »

 

Et plus précisément, sur le cas Rushdie, l'écrivain avait aussi un petit commentaire : « C'est un héros, d'aussi loin que ses écrits peuvent l'être, mais écrire quelque chose qui attaque le dieu de quelqu'un n'est pas une bonne chose à faire. Je ne le hisserai pas au rang de héros sur ce point. »

 

Et d'assurer qu'il n'était cependant pas question de se mesurer à Sir Salman, qui a remporté, rappelle-t-il, le prix Booker « l'année de ma naissance ». 

 

Des propos assez clairs, mais qu'il a manifestement fallu clarifier encore, puisque Chetan a accusé la presse d'avoir déformé ses propos. « J'ai un point de vue équilibré sur la question. Je pense que les sentiments d'un auteur, ainsi que ceux des personnes opposées à sa venue doivent être pris en considération. » (voir Times of India)

 

Loin de se douter que ses paroles susciteraient le débat, ce dernier regretterait presque de ne pas avoir tourné sa langue dans sa bouche... 

 

Aux dernières nouvelles, il est possible que finalement, Rushdie intervienne tout de même, par le biais d'une retransmission vidéo, a expliqué Sanjoy Roy, organisateur du festival de Jaipur.