Rushdie privé d'Inde : le gouvernement refuse toute responsabilité

Clément Solym - 01.02.2012

Edition - International - Salman Rushdie - Inde - festival


C'est le gouvernement indien qui annonce en grande pompe, pour tenter de faire oublier l'épisode du Festival littéraire de Jaipur, que l'écrivain Slamn Rushdie n'a jamais été empêché de venir en Inde. Une demie réalité, pour mieux cacher la trouille que l'Inde a pu avoir...

 

On se souviendra qu'en effet, l'écrivain avait été invité à intervenir pour des conférences, à l'occasion du festival littéraire, mais que suite à diverses pressions, émanant de communautés musulmanes, ce dernier avait finalement préféré décliner. On lui avait même fait savoir qu'il ferait l'objet d'une attaque personnelle, et terroriste, s'il honorait le rendez-vous. 

 

Bien entendu, durant les semaines qui ont précédé la manifestation, jamais le gouvernement ne s'est mouillé dans cette histoire. Les médias locaux n'hésitaient d'ailleurs pas à parler de lâcheté électorale, alors que des élections vont se tenir, et que le gouvernement tenait à conserver les voix des électeurs musulmans. 

 

 

Certains de ces derniers avaient promis des manifestations en cas de venue de Salman, arguant que le romancier avait heurté et violenté leur sentiment religieux, en rédigeant Les versets sataniques, et qu'à ce titre, il était interdit de séjour. Sous peine de voir un conflit se déclencher. 

 

Mais voilà, le ministre de l'Intérieur a tenu à sauver la face : si Rushdie n'est pas venu, c'est de son propre chef. « Personne n'a empêché Rushdie de venir en Inde. Il est d'origine indienne. Il n'a pas besoin d'un visa », rapporte Times of India.

 

Et d'ajouter : « Toute décision prise par l'organisateur du festival littéraire l'a été par eux seuls, et confirmé à la télévision. » Un exercice de courage-fuyons particulièrement bien mené : rappelons qu'aucun soutien de la part du gouvernement n'a été apporté aux organisateurs.

 

De plus, quand Rushdie a décidé de ne pas venir, c'était avant tout pour ne pas risquer de voir les autres auteurs, ainsi que le public et les organisateurs blessés ou tués, en cas d'attentat. 

 

« J'ai été informé par des sources du renseignement... que des tueurs à gages de la pègre de Bombay avaient pris la direction de Jaipur, pour m'éliminer », a expliqué le romancier dans un communiqué de presse. Selon lui, les informations seraient encore douteuses, mais il estime qu'il serait « irresponsable pour ma famille, pour le public du festival et mes collègues écrivains » de se rendre au festival, avait-il expliqué. Peu avant d'apprendre que les sources étaient peu fiables et les menaces infondées

 

Chidambaram, le ministre, s'est même offert le luxe d'ajouter que la retransmission vidéo qui devait avoir lieu a été annulée par l'organisation du festival. Et que si le gouvernement a fait état de possibles menaces et attaques contre l'auteur, il se devait d'en faire part aux organisateurs, ainsi qu'à l'intéressé. « C'est la seule chose que le gouvernement indien a faite. »

 

Effectivement. La seule.