Russie : des écrivains dissidents posent un lapin à Poutine

Antoine Oury - 20.11.2013

Edition - International - Vladimir Poutine - Russie - réunion littéraire


Vladimir Poutine avait peut-être déjà prévu le nombre de chaises nécessaires à la grande réunion à laquelle il avait convié nombre d'écrivains, mais il semble que certaines vont rester vides. Le président de la Fédération de Russie, qui a interdit à son gouvernement de critiquer ses décisions, souhaitait recevoir bon nombre d'auteurs, demain, pour se pencher sur les problèmes du secteur littéraire.

 


Room of Empty Chairs

Poutine invite des écrivains... (Anthony Easton, CC BY 2.0)

 

 

Comme le rapporte l'AFP, les écrivains ne sont pas dupes, et la plupart ont décliné l'invitation. En premier lieu, Boris Akounine, qui explique publiquement sur son blog pourquoi il ne se rendra pas à cette grande réunion. « Tant qu'il y a dans le pays des prisonniers politiques, je ne peux pas me trouver à proximité du dirigeant, dans la même pièce que lui. Je discuterai avec plaisir avec Poutine de littérature et de lecture une fois que tous les prisonniers politiques seront libérés », écrit-il.

 

Dans cette perspective, se rassembler complaisamment autour de l'actuel président russe lui semble relever de l'hypocrisie la plus totale. Akounine demande ainsi des nouvelles des manifestants du 6 mai 2012, arrêtés après avoir manifesté leur opposition à Poutine. « Voyons si un troisième procès contre Khodorkovski est lancé. Voyons si Nadejda Tolokonnikova et Maria Alekhina sont libérées », détaille-t-il en citant l'industriel opposant du régime et les deux jeunes femmes du groupe Pussy Riot.

 

Dmitri Bykov, autre invité, s'est joint aux propos de Boris Akounine : « Est-ce qu'il s'agit d'inventer une nouvelle idéologie ou bien de sauver la littérature enfantine et créer un syndicat de l'édition qui défendrait les droits d'auteur ? » a-t-il interrogé sur une radio moscovite. La perspective d'une Union des Écrivains, rassemblant les auteurs pour mieux les contrôler, inquiète également les différents protagonistes.

 

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a dénoncé des accusations « nihilistes », ainsi qu'une position qui ne serait « pas constructive ».