Russie : l'éducation sexuelle par la littérature plutôt qu'à l'école

Julien Helmlinger - 19.09.2013

Edition - Société - Pavel Astakhov - Education sexuelle - Littérature russe


Quelques pages de Gogol pour apprendre à tomber le manteau et du Tchekhov lorsque viendra l'heure de la demande en mariage ? Le commissaire du président russe au Droit des enfants, Pavel Astakhov, s'est récemment opposé à l'introduction de l'éducation sexuelle dans les écoles, et ce, sous toutes ses formes.  Selon le célèbre juriste, l'enseignement risquerait de corrompre la jeunesse, tandis que cette dernière gagnerait davantage à apprendre les choses de l'amour dans les classiques de la littérature nationale.

 

 

 Wikimédia (Dmitry Rozhkov, CC BY-SA 3.0)

 

 

La préconisation du proche conseiller de Poutine est d'autant plus étonnante que la Russie n'a pas été épargnée par l'épidémie du Sida. Plus d'un million de personnes seraient actuellement touchées dans le pays. Mais les lobbies de  l'église orthodoxe et des forces sociales conservatrices restent puissants et s'opposent à l'introduction de l'éducation sexuelle dans les écoles. Si bien que Pavel Astakhov compte promulguer une loi afin d'empêcher pareil enseignement de s'immiscer dans les programmes scolaires.

 

Le commissaire du président suggère plutôt la lecture des classiques : « La meilleure éducation sexuelle qui existe est la littérature russe. En fait, la littérature en général. Tout est là, à propos de l'amour et sur ​​les relations entre les sexes . Les écoles devraient élever leurs enfants chastement et dans la compréhension des valeurs de la famille. »

 

Cet été, Pavel Astakhov faisait déjà partie des ardents défenseurs de la loi qui a fait le buzz, en empêchant les contenus jugés comme étant de la « propagande gay » d'atteindre les enfants russes. Et le juriste soutenait également l'interdiction de l'adoption d'enfants russes par des citoyens américains mise en application plus tôt cette année.

 

Les groupes de défense des Droits de l'homme ont, sans surprise, des vues radicalement opposées à celles du gouvernement russe. Pour eux, il faudrait plutôt rendre l'éducation sexuelle obligatoire dans les écoles. Ils ont donc appelé le gouvernement à repenser la question, en arguant que 90 % des Russes seraient sexuellement expérimentés à l'âge de 17 ans, et qu'il serait préjudiciable en conséquence de ne pas les informer.

 

Mais pour Pavlov Astakhov, qui admet que les jeunes sont capables de découvrir le sexe en dehors de la sphère scolaire, ce devoir d'information incomberait à leurs parents. Il estime en revanche qu'il serait envisageable d'instituer un cours « d'éthique et de psychologie de la vie familiale » dans les programmes scolaires des adolescents plus âgés. 

 

Il reste néanmoins que pour certaines questions, comme celle de l'apprentissage des moyens de contraception, ça risque d'être coton si la jeunesse russe doit se référer aux classiques des siècles derniers. Mais les enfants pourraient éventuellement se référer à la vie d'Anna Karénine pour ne pas manquer leur suicide après l'adultère, tandis que chaque Lolita âgée d'une douzaine d'années trouvera quelques conseils à ne pas suivre si elle veut vivre le parfait amour avec son vieux professeur...

 

(via The Guardian)