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Russie : la directrice de la bibliothèque d'Ukraine risque 5 ans de prison avec sursis

Antoine Oury - 01.06.2017

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Natalya Sharina, parfois orthographié Natalia Sharina, a été arrêtée en 2015 à Moscou, en Russie. Directrice de la bibliothèque d'Ukraine dans la capitale, elle est accusée d'avoir participé à la diffusion de tracts anti-russes et d'ouvrages de nationalistes ukrainiens, le tout dans un contexte politique particulièrement tendu. Assignée à résidence depuis deux ans, Natalya Sharina passe désormais devant une Cour moscovite : le procureur réclame 5 années de prison avec sursis.

 

Natalya Sharina, en 2015

 

Après un raid policier au sein de la bibliothèque d'Ukraine, les enquêteurs revendiquaient la découverte de tracts imprimés, diffusant une propagande anti-russe, mais aussi un livre de Dmitri Kortchinski, un ultranationaliste ukrainien, dont les publications sont désormais totalement interdites en Russie. Un livre jeunesse, avec sur la couverture le logo de Правый сектор ou Pravy Sektor, le Secteur Droit, parti politique ultranationaliste, aurait également été trouvé dans les affaires de la directrice.

 

Le contexte politique entre les deux pays appelait à la vigilance, d'autant plus que des témoignages mettant en cause les accusations n'ont pas tardé à se faire entendre. Des collègues de Natalya Sharina expliquaient ainsi que les ouvrages découverts dans les affaires de la directrice n'avaient rien à voir avec la bibliothèque ou sa directrice. « Ils [les enquêteurs, NdR] ont apporté des livres présents sur les listes de littérature extrémiste », assurait Tatyana Muntyan. « Je l’ai vu. Les livres qu’ils ont apportés n’avaient pas de tampon. Ils les ont déposés volontairement. » Le comité d’investigation russe n’avait alors pas réagi à ces accusations.

 

Arrêtée en octobre 2015, Natalya Sharina restait assignée à résidence dans l'attente d'un procès, accusée d'incitation à la haine : l'IFLA, la Fédération internationale des associations de bibliothécaires et d’institutions, avait appelé à la libération de la directrice de la bibliothèque d'Ukraine, rappelant que « les bibliothèques et les bibliothécaires ont un rôle clé à jouer dans la défense des droits de l’homme, dont l’accès à l’information et la liberté d’expression ».

 

En avril 2016, une autre accusation avait été formulée par les enquêteurs : Sharina aurait détourné les budgets de la bibliothèque pour financer sa défense dans une autre affaire judiciaire qui l'avait vue soupçonnée d'incitation à la haine. Les charges avaient finalement été abandonnées en 2013.

 

La défense de la bibliothécaire assure que ces nouvelles accusations ont été « montées de toutes pièces » par l'accusation face à la faiblesse des faits qui étaient reprochés à Sharina.
 

Russie : assignée à résidence,
la directrice de la bibliothèque d'Ukraine saisit la CEDH

 

À l'âge de 59 ans, Natalya risquait jusqu'à 10 ans de prison, mais l'accusation réclame 5 ans de prison avec sursis. Son procès a commencé en novembre 2016.

via RadioFreeEurope, Coda