Russie : la directrice de la bibliothèque ukrainienne, Natalia Sharina, au tribunal

Elodie Pinguet - 04.11.2016

Edition - International - Natalia Sharina - bibliothèque ukrainienne - procès Russie


Un an après son arrestation en octobre 2015, la directrice de la bibliothèque ukrainienne Natalia Sharina, âgée de 59 ans, a vu son procès s’ouvrir le 2 novembre. Elle est accusée « d’incitation à la haine ethnique contre les Russes ». Elle a nié en bloc les charges retenues contre elle.

 

 

 

 

Depuis le 29 octobre 2015, Natalia Sharina est assignée à résidence suite à son arrestation à Moscou. La directrice de la bibliothèque ukrainienne est passée devant la justice russe ce 2 novembre. Pour rappel, elle est accusée d'avoir diffusé de la littérature interdite, car catégorisée comme extrémiste, et est accusée d’incitation à la haine. Pour son avocat, Ivan Pavlov, c’est une affaire « imprégnée de politique » qui découle des relations tendues entre Kiev et Moscou.

 

En effet, des doutes planent quant au raid policier orchestré l’année dernière dans les murs de la bibliothèque ukrainienne. D’après l’avocat, des témoins auraient vu la police déposer elle-même les livres incriminés lors de la fouille des lieux, comme l'affirmait une employée, Tayana Muntyan : « Ils ont apporté avec eux des livres présents sur les listes de littérature extrémiste ».

 

Parmi les livres posant problème, celui de Dmitri Kortchinski, Війна внатовпі (La guerre dans la foule), dont son auteur, qualifié d'ultranationaliste ukrainien et d'ennemi de la Russie par les autorités russes, a vu ses publications et écrits interdits sur le territoire du pays. L'avocat a déclaré que « ce n’est pas un hasard si c’est la bibliothèque ukrainienne qui a été fouillée ». Natalia Sharina réfute ces accusations et demande au procureur des explications sur ses possibles motivations.

 

Pour le journaliste d’uatoday, journal ukrainien, plus que le procès de la bibliothécaire, on a affaire à « un procès de la culture ukrainienne ». Il met l’accent sur le fait que Natalia Sharina a été envoyée à la tête de la bibliothèque ukrainienne pour « débarrasser l’institution du contexte politique ». Depuis début octobre, la bibliothèque fonctionnerait comme une salle de lecture.

 

Des accusations de détournements des fonds de la bibliothèque d'un montant de 3,2 millions de roubles ont également été abordées, mais la principale intéressée plaide non coupable. 

 

Il y a quelques mois, la Fédération internationale des associations de bibliothécaires et d’institutions (IFLA) déclarait que le traitement réservé à Natalia Sharina était « disproportionné et inutile » soulignant que « les bibliothèques et les bibliothécaires jouent un rôle clé dans le soutien des droits de l’homme, y compris dans l’accès à l’information et à la liberté d’expression ». L'IFLA réclamait la libération de la directrice.

 

Si Natalia Sharina reste toujours en résidence surveillée, elle est maintenant autorisée à sortir en balade une fois par jour, sans contacts avec la presse. Le procès, quant à lui, est reporté à dans trois semaines. Si elle est déclarée coupable, la bibliothécaire risque plus de dix ans de prison.

 

via BBC et KyivPost