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Russie : La pédophilie, ce n'est pas très orthodoxe

Clément Solym - 29.09.2011

Edition - Société - nabokov - eglise - orthodoxe


Ne soyons pas catégoriques avec l'ensemble des membres du clergé de l'Église orthodoxe. Tous ne sont probablement pas à mettre dans le même panier que cet illuminé qui accuse de pédophilie des Nabokov ou des Garcia Marquez.

Pourtant, le père Vsevolod Chaplin mériterait bien d'apprendre à lire. Cité par l'AFP, il explique lors d'un passage à la radio Ekho Moskvy : « Nous devons discuter pour déterminer dans quelle mesure ces oeuvres justifient la pédophilie. C'est un fait qu'en Occident il y a eu une opinion très négative à leur égard, puis ça a changé. »

Il y eut, peut-être, un temps comme celui-ci, mais heureusement, les auteurs furent plus forts, et sont parvenus à faire changer les moeurs.

Sauf que le prêtre estime que leurs oeuvres ne devraient pas figurer au programme scolaire, et que Lolita ou Cent ans de solitude, qui comportent une grande part de sexualité devraient tout bonnement être interdite. « Le temps est venu pour une révolution morale, ou une contre-révolution si vous préférez », ajoute l'intéressé. Comprendre : une régression ?

Mais les auteurs russes ne s'en sont pas laissé conter : l'historien Nikolaï Svanidzé, que cite Interfax, suggère ainsi de revisiter toute la littérature mondiale : « Allons-y, vérifions si dans la littérature, de Homère jusqu'au grands classiques russes, il y a des signes de violence, de pédophilie et d'autres choses inacceptables. »

Mieux, estime Boris Akounine : et si l'on interdisait à l'Église orthodoxe de s'exprimer sur des questions séculières et littéraires ? C'est que ce n'est pas la première fois que le clergé s'immisce dans la vie sociale, ayant déjà, par le passé, réclamé que la télé et la radio obéissent à des règles plus strictes, dictées par le gouvernement, voire que les femmes de Russie se mettent à adopter un comportement vestimentaire défini.

Avec 100 millions de croyants, selon les chiffres de l'église, mais vraisemblablement moins de 5 % qui pratiquent, l'Église orthodoxe a toutefois le vent en poupe depuis la chute de l'URSS.

Le Kremlin est toutefois intervenu dans cette affaire, et Mikhail Shvydkoi, chargé des affaires culturelles internationales, a réfuté l'idée du prêtre, estimant que cela impacterait gravement l'image de la Russie...