Russie : le gouvernement apporte 100 millions $ à l'édition

Clément Solym - 10.06.2013

Edition - International - Russie - industrie du livre - subventions du gouvernement


La crise dans le secteur de l'industrie du livre, le gouvernement russe en a amplement pris conscience, au point de débloquer une enveloppe de 100 millions $. En dépit des difficultés intérieures, le renforcement de la présence éditoriale dans le monde, comme ce fut le cas pour la BookExpo America, est devenu essentiel. C'est ce que retient Eugene Gerden, écrivain et ancien directeur adjoint pour l'association des éditeurs de livres russes, dans Publishing Perspectives.

 

 

Русский книги, автори иностранцие

AlphaTangoBravo / Adam Baker, CC BY 2.0

 Au premier plan Mark Twain, à droite Jack London

 

Sur cinq années, le gouvernement donnera donc 100 millions $, dans le cadre de son programme Culture de Russie. Le déclin de l'intérêt russe pour la lecture, et la croissance du piratage, semblent deux indicateurs très forts. Selon les estimations, le marché aura perdu entre 5 et 7 % chaque année, pour se positionner en 2012 à 60 milliards de roubles (2 milliards $ ou 1,3 milliard €). 

 

La Chambre des Livres de Russie a enregistré 116.888 livres produits par les éditeurs nationaux, avec 540,5 millions d'exemplaires, ce qui montre une diminution de 5 à 12 %, à données comparables par rapport à 2011. La situation serait donc complexe, pour rester dans l'euphémisme - mais finalement, le gouvernement prendrait conscience de son rôle de régulateur. 

 

Le programme Culture de Russie ressemble un peu à ce que l'on a pu voir au Brésil. En effet, ce financement doit servir tout à la fois à exporter la production russe, et découvrir de nouveaux auteurs locaux. Au Brésil, le plan était de 35 millions $ sur huit ans, avec l'objectif de valoriser la culture locale, à l'étranger, notamment par le biais de la traduction. Reste que ce sont principalement les domaines des sciences, de la technologie, de la littérature encyclopédique et de parutions sur la culture et l'art, qui seront encouragés.

 

Deux manifestations nationales, à Moscou et à Saint-Pétersbourg, serviront également de plaques tournantes pour la promotion des auteurs locaux. Ces Foires du livre auront pour mission d'attirer l'attention des pays sur la Russie, et de distinguer le pays dans le contexte mondial. 

 

Outre ces mesures de soutien, d'autres plans sont à l'oeuvre : par exemple, des mesures fiscales pour aider les éditeurs nationaux, une suppression de la TVA, actuellement de 10 % sur les livres papier, et une diminution des coûts par d'autres mesures. Enfin, la cagnotte servira également à la promotion des livres russes à l'étranger - sachant que la Russie perdrait 2 % de lecteurs dédiés chaque année, explique Oleg Novikov, directeur général de Eksmo. 

 

Vladimir Soloneneko, directeur exécutif de l'association des éditeurs de Russie nuance toutefois : la crise dans l'édition russe existe, certes, mais le marché « ne se porte pas si mal, alors que le déclin est une tendance mondiale ». Si l'édition n'est pas le secteur le plus rentable en Russie, le marché reste en expansion - et ce, alors que 20 % des librairies ont fermé leurs portes depuis 2010. C'est d'ailleurs sur ce point que le bât blesse : le pays accuse le coup d'une réelle pénurie de librairies.

 

Denis Kotov, directeur général de la chaîne Bukvoed, l'une des plus grandes du pays, prévoir même que 200 librairies de plus ferment d'ici un à deux ans. 

 

La centralisation de la production est enfin le dernier élément problématique du pays. Moscou et Saint-Pétersbourg comptent pour 70 % de la production nationale et près de 90 % des ventes totales du pays. Et si la croissance du livre numérique est forte, avec des perspectives de 30 % de parts de marché, d'ici 2020/2022, c'est cette fois le piratage qui pose de réels problèmes. Pour l'heure, le CA du livre numérique représente simplement  0,5 % des ventes...