Russie : Le livre sacré hindou Bhagavad-Gita sauvé

Clément Solym - 29.12.2011

Edition - Justice - Bhagavad-Gita - Inde - Russie


N'y a-t-il donc plus rien de sacré en Russie ? En tout cas, le Bhagavad-Gita, qui dans l'indouisme incarne un des textes les plus sacrés, a manqué de se faire interdire de séjour. Une réponse juridique à un problème social... la décision n'aurait peut-être pas été des plus heureuses.

 

Publiée en Russie, une traduction de l'ouvrage était accusée d'hostilité à d'autres confessions, ont estimé des procureurs, qui ont décidé de monter la plainte. Ces hommes, originaires de Tomsk, en Sibérie, avaient par leur propos, propovoqué une vague de mécontentement, en Inde. Et dans leur exposé, ils réclamaient tout simplement que le livre soit banni du pays, comme peut l'être Mein Kampf.

 

Risque de petit conflit diplomatique

 

Cependant, pour tenter, dans un premier temps, d'apaiser les conflits, le ministère des Affaires étrangères de Russie avait fait valoir que ce n'était pas le livre lui-même, ni sa tradcuciton que l'on pointait, mais bien la préface, datée de 1968, et signée par A..C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada.

 

Ce dernier est l'un des fondateurs du mouvement Hare Krishna et sa préface avait provoqué déjà une controverse, bien avant qu'en 1984, l'ouvrage ne soit traduit depuis le sanscrit vers le russe.

 

Alexandre Loukachevitch, porte-parole du ministère, explique sur le site officiel : « Je répète que ce n'est pas le livre lui-même qui est en cause, mais sa traduction malheureuse et la préface rédigée par cet auteur. » (traduction Reuters)

 

Touche pas à Krishna

 

La décision du tribunal met un terme définitif à leur procédure, pour le plus grand bonheur d'un responsable de la communauté Hare Krishna située à Tomsk, Ismaïlov Enver. Celui-ci, cité par Reuters, estime qu'au travers de ce jugement, c'est la possibilité d'un dialogue qui vient de s'ouvrir avec les autorités. 

 

Taxé d'extrémisme, le Bhagavad-Gita, aurait pu ouvrir la porte à un véritable conflit entre les deux pays. « L'ambassade russe nous avait assuré qu'ils s'engageaient à prendre toutes les mesures nécessaires pour résoudre ce malentendu », assurait hier Rashid Alvi, porte-parole du parti du Congrès en Inde. 

 

De son côté, depuis New Delhi, le ministre des Affaires étrangères indien, SM Krishna, a été soulagé de ce que la décision du tribunal soit parvenue à alléger les tensions entre les deux territoires. 

 

Manipulations religieuses et politiques ?

 

Ce n'est pourtant pas la première fois que le livre provoque un conflit, et moins encore en Russie. Voilà deux ans, à Moscou, deux autres cas de plaintes avaient été déboutés devant les tribunaux. L'ouvrage présente une conversation entre le dieu indou Krishna et un prince nommé Arjuna, peu avant une bataille.

 

Retrouver ce livre sur Comparonet

 

Pour les militants défenseurs des droits de l'Homme, cette procédure judiciaire n'est autre qu'un moyen supplémentaire ourdi par l'Eglise orthodoxe, dominante dans le pays, pour persécuter les autres groupes religieux. Si la Russie post-soviétique reconnaît bien la liberté de croyance et de religion, certains redoutent l'influence que l'église peut entretenir avec le pouvoir politique. 

 

Pour Alexandre Sakhov, représentant de la défense durant le procès, cette décision « atteste que la Russie est encore saine d'esprit et peut faire preuve d'ouverture ».

 

 

 

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