S'autopublier chez Amazon pour accuser la FIFA

Louis Mallié - 04.06.2014

Edition - Société - FIFA - Sepp Blatter - Andrew Jennings


Entre l'art de courir après une balle, et celui de courir après l'argent facile, la FiFA semble depuis longtemps ne plus faire de grandes distinctions. D'après Capital, dans Omertà, « La FIFA de Sepp Blatter histoire d'une mafia », le journaliste écossais Andrew Jennings révélerait de nouveaux éléments sur la corruption ayant cours dans l'univers du foot… Sorti la semaine dernière en français, l'ouvrage prépare déjà un raz-de-marée.

 

 

 

 

« Dans Omertà, je montre que la direction de la FIFA, sous l'autorité du Brésilien João Havelange et aujourd'hui celle de Sepp Blatter, se comporte précisément comme un syndicat du crime », explique  Andrew Jennings. Ayant fait le choix de l'autopublication sur Amazon pour « conserver toute sa liberté de ton », le journaliste ne mâche pas ses mots. 

 

« Mon enquête m'a mené de Palerme où j'ai fait face à la Mafia, jusqu'au palais de glace et de marbre de Zurich [siège de la FIFA], puis à la guerre des gangs de Rio, suivant la trace de mallettes pleines de lingots d'or. » Le livre brasse de nombreux scandales intestins -et secrets - attaquant aussi bien anciens et nouveaux piliers de la FIFA. Les portraits sont sans concession : Joao Havelange, ancien président de la FIFA, aurait touché 50 millions de dollars de pot-de-vin des sponsors du Mondial comme Coca Cola.

 

Ricardo Teixeira, ancien président de la Fédération brésilienne, aurait pratiquement coulé l'organisation en dilapidant l'argent des contrats Nike.  José Maria Marin, actuel patron du foot brésilien ne serait autre qu'un politicien véreux, ancien complice de la junte militaire… Casino, Soprano, Les Infiltrés, ou FIFA ?

 

 

Africa Cup of Nations closing ceremony, 10 Feb 2013

Sepp Blatter, en février 2013 lors de la Coupe d'Afrique des Nations,

GovernementZA, CC BY-ND 2.0 

 

« Et les gens s'étonnent que les Brésiliens descendent dans la rue pour protester contre les gaspillages du Mondial. Si, comme je le souhaite, les manifestations prennent de l'ampleur, Blatter ne pourra pas se représenter l'an prochain. Et la FIFA devra se réformer. Enfin ! », s'enerve Jennings. Et celui-ci pousse l'accusation contre le président jusqu'au bout : « La Coupe du Monde de la FIFA 2014 va se jouer sur un fond de colère de la population, qui pourtant adore le football. Si des manifestants sont tués par la violente police anti-émeute, la responsabilité en incombera à Sepp Blatter qui, depuis des années, a laissé prospérer la corruption qui pourrit maintenant l'atmosphère du tournoi. »

 

Selon le Telegraph, les représentants mondiaux du football, menés par l'éternel rival de Sepp Blatter, Michel Platini, ont déjà prévu de manifester leur mécontentement lors du congrès annuel de la FIFA qui se tiendra la semaine prochaine à São Paulo. Celui-ci s'exprimera par le refus de se lever et d'applaudir lorsque le sieur Blatter annoncera sa candidature à sa propre succession...

 

Quoi qu'il en soit, le journaliste n'en sera pas à sa première charge contre la FIFA : ce n'est même que partie remise. En 2006, Carton rouge,  sa première enquête sur la corruption dans le milieu du Football avait été traduite en 16 langues. Sepp Blatter avait tenté - en vain - de la faire interdire devant les tribunaux suisses. En 2003, il avait déjà banni Andrew Jennings des conférences de Presse de la FIFA, après que celui-ci ait dénoncé les bonus mirobolants qu'il touchait…  Et plus récemment, l'an dernier, Sepp Blatter avait obtenu que les dessins d'Olé (illustrateur des couvertures d'Andrew Jennings) soit interdits de publication en Suisse.

 

Nul doute que l'hébergement du géant Amazon devrait permettre à Andrew Jennings de passer entre les mailles de la censure…