Le Snac salue #AuteursEnDanger, avec de sérieuses réserves

Cécile Mazin - 11.09.2015

Edition - Société - Snac BD - auteurs danger - opération communication


Dans son principe, l’ensemble de l’opération menée par le Syndicat national de l’édition fait du SNE le porte-parole des auteurs, mais l’unanimité, chez ces derniers, ainsi que chez les éditeurs, n’est pas vraiment acquise. Non que l’on conteste la nécessaire rémunération des auteurs, mais l’attaque portée contre la Commission européenne sonne étrangement. Or, revendiquant de défendre les auteurs, le SNE a semé le trouble dans l’esprit de certains d'entre eux. Le Snac BD a dû apporter des éclaircissements.

 

dring dring - hung up

Ol.v!er [H2vPk], CC BY 2.0

 

 

Voici le message que le SNAC a communiqué  officiellement : 

 

Mise au point concernant le manifeste « La gratuité, c’est le vol - 2015 la fin du droit d’auteur » de Mr Richard Malka. Le SNAC n'est pas à l'origine de ce texte, il s'agit d'une initiative du SNE (Syndicat National de l'Edition).

 

Bien entendu, nous nous réjouissons que le SNE s’inquiète de l’avenir du droit d’auteur, même si nous déplorons qu'il omette, ce faisant, de consulter les organisations représentatives et syndicats d'auteurs. Nous espérons que le SNE saura étendre ses préoccupations à l’avenir immédiat de notre profession : rémunération, évolution des pratiques de contractualisation et réformes du régime social.

 

Le Syndicat a en effet initié le livret signé Richard Malka – « brûlot », disent certains – en choisissant de le distribuer gratuitement en librairie. Nous avons pour le moment du mal à savoir quelle est l'implication des organisations d'auteurs dans cette opération, et comment elles ont pu y être associées. 

 

Ce que l’on peut constater, c’est que l’initiative est bien éloignée des revendications affichées par le Conseil permanent des écrivains, lors de la présentation du rapport de l’eurodéputée Julia Reda. Le message porté par Richard Malka est-il vraiment celui que les auteurs ont alors voulu véhiculer ?

 

Ce rapport s’inscrit dans le cadre d’une politique des autorités européennes visant à remettre en cause le droit d’auteur, alors que certains aspects du cadre juridique européen sont totalement laissés de côté. En particulier les questions fiscales qui permettent à des acteurs extra européens de contourner les règles auxquelles sont soumis leurs concurrents directs. Il en est de même du refus inacceptable de remettre en question le statut de certains intermédiaires dont la quasi-irresponsabilité rend impossible une action efficace contre la présence illégale d’œuvres sur internet.

 

 

Richard Malka aurait cependant reçu le Conseil Permanent des écrivains, mais, au cours de cette rencontre, il n’avait pas été souligné que l’avocat parlerait au nom des auteurs ni que le SNE serait totalement absent de la brochure. De la sorte, on donne l'impression que ce sont les auteurs qui ont sollicité ce manifeste.

 

Selon plusieurs observateurs, « il reste assez cocasse que le droit d’auteur soit défendu par les éditeurs, sans manifestement en avoir alerté les principaux intéressés. De quoi conclure que le droit d’auteur n’appartient plus vraiment aux auteurs ».  

 

Mais dans toute cette confusion, il est une chose que l’on constate, irrévocablement : la gratuité, le SNE vient de démontrer qu’elle était possible. Assurant que Richard Malka avait été rémunéré pour son travail d’écriture, il est donc considéré comme auteur. Et le SNE a su diffuser gratuitement son ouvrage, en passant par d’autres canaux que les géants du web tant décrié – pour sa version numérique au moins. 

 

 

Mais alors, s’il est possible, dans le cas présent, de trouver un moyen de rémunérer un auteur, avec un éditeur qui assume la gratuité de la distribution, qu’attend-on pour dévoiler la recette magique ? Richard Malka n'a-t-il pas la réponse à sa question ?