Sa bibliothèque en vidéo : ressusciter le shelfie, un pari marketing à revoir

Nicolas Gary - 21.05.2016

Edition - Société - Book Studio 16 - éditeurs chroniques livres - internet Youtube chaînes


Parce que Youtube est devenu l’endroit où les plus jeunes se retrouvent – et d’autres, moins jeunes certainement –, les éditeurs tentent d’investir les lieux. La mode des Youtubers conjuguée aux besoins de référencement des marques a ainsi conduit à développer, chez HaperCollins, une opération spécifique à travers sa chaîne Book Studio 16. Lancée le 18 mai, cette campagne Shelfie Contest offre une somme de 500 $ en livres au vainqueur. Mais comment gagner? Il suffit de tenter sa chance...

 

Morgan's Shelfie

Diane Cordell, CC BY 2.0

 

 

Book Studio 16 joue sur l’une de ces tendances fertiles sur la toile : le Shelfie. Contraction du terme star de l’année 2013 – consacré par l’Oxford Dictionnary – selfie (ou autoportrait réalisé avec un smartphone) et de bookshelf, désignant les étagères où l’on entrepose ses livres. Autrement dit, sa bibliothèque. 

 

Le Shelfie avait gagné en popularité en 2014 : les internautes, soucieux de leur image, décidaient en effet de se photographier, ou de réaliser des vidéos, avec leur bibliothèque en trame de fond. D’abord, les résultats furent assez sages : une bibiothèque bien ordonnée, des livres rangés avec plus ou moins de méthode... 

 

Puis, on a découvert des choses étranges : des rangements selon la couleur de la tranche, pour créer des mouvements très visuels. On se mit à faire converser les livres, selon leur couverture, pour confronter des titres ou des visuels qui se répondaient, toujours avec beaucoup d’humour.

 

Ensuite apparurent des rangements de livres dans des espaces insolites : les escaliers, propices à des exercices périlleux, laissèrent la place à des espaces plus insolites encore. Vint aussi le temps des bibliothèques classieuses, très designées, des mises en scène à grand renfort de figurines, de Lego, de Playmobil, et bien d’autres encore. 

 

Le Shelfie-steem, ou l'art de parader devant ses livres

 

Si le shelfie a perdu de sa superbe, c’est que la mode s’est érodée avec d’autres usages, mais il en traîne encore de nombreux exemples, en image ou en vidéo. C’est que la bibliothèque révèle beaucoup sur son propriétaire – du moins peut-on lui faire transmettre le message que l’on désire, à condition de bien l’ordonner. 

 

C’est dans ce contexte que le groupe HarperCollins démarre donc son opération, sobrement baptisée Shelfie contest. Incitant les internet à renouer avec cette mode, la maison propose donc à chacun de réaliser une vidéo, présentant sa bibliothèque, et les cinq meilleures productions seront retenues pour une diffusion sur la nouvelle chaîne Youtube créée, Book Studio 16. 

 

Pour convaincre le jury, il faudra expliquer pourquoi on aime les livres, avoir plus de 14 ans, faire preuve d’ingéniosité et de créativité. Book Studio 16 se présente comme le diffuseur du meilleur contenu littéraire sur Youtube : des vidéos de bibliothèques et des interviews s’y succèdent, de même que des rencontres avec des auteurs ou encore des book trailers. 

 

Une fois les lauréats connus, l’un d’entre eux remportera 500 $ de livres et cinq autres disposeront d’une cagnotte de 300 $ de livres. 

 

Pour communiquer les productions vidéo, l’utilisateur peut passer par les services types WeTransfer, Google Drive ou encore Dropbox, et bien entendu, remplir le formulaire d’inscription (à cette adresse). Inutile de participer si l’on n’est pas résidant américain, par ailleurs. 

 

Shelfie

Jpon Dowland, CC BY 2.0

 

 

Pour monter une campagne garantie sans viralité, appuyer sur 1

 

Si l’idée avait pu soulever les foules voilà encore 12 ou 18 mois, elle semble passablement à la traîne désormais. D’ailleurs, un site baptisé Shelfie avait tenté de surfer sur la tendance, en proposant justement aux internautes de jouer le jeu de la photo de bibliothèque et de remporter des livres. Une application iOS et Android était sortie. 

 

Pour les éditeurs, le fonctionnement était simple : la possibilité d’offrir une version numérique aux personnes disposant déjà de la version papier du livre. C’était en réalité une opération pilotée par la société canadienne basée à Vancouver, BitLit. Et HarperCollins fut parmi les premiers éditeurs à expérimenter cette solution de marketing, pour promouvoir ses titres.

 

Produit par BitLit, Shelfie continue sa petite existence, sans avoir fait exploser les compteurs des réseaux sociaux – près de 8500 abonnés en cumulant Facebook et Twitter. 

 

Clairement, l’opération de HarperCollins accuse un retard manifeste en regard des tendances actuelles – si le shelfie n’est pas mort, on constate plutôt des résurgences qu’un engouement encore massif. Selon Google Trends, le pic d’intérêt des internautes se situait d'ailleurs aux alentours d’avril 2014 : depuis, il ne représente plus grand-chose en matière de recherches.

 

Autre point : proposer de passer par des outils de stockage pour transférer les vidéos réalisées donne à l’opération une forme de confidentialité, voire d’anonymat. Les utilisateurs qui sont disposés à réaliser des vidéos doivent, au minimum, être en mesure de poster leur production sur Youtube, s’ils sont capables de se servir de WeTransfer et consorts. Or, le principe serait d’autant plus efficace, qu’il générerait un intérêt au sein du service de Google, avec tout ce qui peut s’en suivre. 

 

Car si la finalité est de disposer de contenus fabriqués par les internautes, à destination de la chaîne Book Studio 16, tout cela manque sérieusement d’ambition. Et clairement, le buzz n'est pas à portée de main...