Sa majesté des mouches : Des archives vont à l'université d'Exeter

Julien Helmlinger - 19.09.2014

Edition - International - Sa majesté des mouches - William Golding - Anniversaire


On célèbre ce mois-ci les 60 ans du plus influent roman de William Golding, Lord of the Flies en VO. En cette occasion, les archives de l'écrivain britannique sont confiées à l'université d'Exeter. Il s'agit d'un prêt à long terme, concernant tout un lot de documents. Celui-ci comprend notamment une ébauche du chef-d'œuvre rédigée dans un cahier d'école, mais aussi d'autres manuscrits originaux. Ce leg doit permettre aux chercheurs comme au grand public de mieux comprendre le processus créatif à l'origine des œuvres de l'auteur.

 

La famille Golding, après que l'auteur

ait été fait chevalier par une autre majesté, en 1988 

 

 

Initialement publié en 1954, Sa majesté des mouches est restée une référence de premier ordre pour les amateurs de dystopie et les analystes de la face sauvage de la nature humaine. Certains d'entre nous l'auront lu en classes malgré sa violence, quand le roman a inspiré divers films et autres adaptations scéniques. À l'occasion de son anniversaire, la fille de l'auteur, Judy Carver, a décidé qu'il était temps de laisser la communauté des lecteurs jeter un œil à de précieux brouillons.

 

Comme l'explique la fille de l'écrivain, au nom de sa famille héritière de William Golding : « Nous voulions que les documents soient préservés avec soin et conservés en lieu sûr, comme nous croyons qu'ils le seront à l'Université d'Exeter. Nous croyons également qu'il est temps pour les lecteurs de voir quelque chose du processus qui a produit ces œuvres. »

 

Cette documentation du siècle dernier rejoindra ainsi les archives dédiées aux auteurs du Sud Ouest, parmi les papiers ayant appartenus à de grands noms de la littérature locale comme Agatha Christie, John Betjeman, Ted Hughes, Charles Causley et Daphne du Maurier. Pour le professeur d'anglais Tim Kendall, qui exerce au sein de l'université d'Exeter, William Golding n'est autre que celui qui aura suscité sa passion pour la lecture. Le choix de son établissement est pour lui un « honneur ».

 

Depuis la maison des Cornouailles, où l'auteur aura passé la fin de sa vie, sa fille se souvient que cette œuvre l'aura intriguée avant même d'avoir été publiée. Elle a pu voir son père envoyer et recevoir de nombreux colis, ceux qui lui refusaient des éditeurs mal avisés, avant que Faber & Faber ne daigne donner sa chance au futur classique de la littérature jeunesse.

 

La fille de l'écrivain, quant à elle, confie qu'au moment de la publication elle ne s'est pas sentie très encouragée à lire l'œuvre en entier, préférant une immersion parcellaire. Encore aujourd'hui elle estime l'œuvre « incroyablement triste. [...] Ce n'est pas un livre que je lirai pour le plaisir. Je pense que c'est une œuvre magnifique. C'est terriblement frais, malgré sa durée de vie de 60 ans et je ne pense pas qu'il est très facile de rompre avec lui. Je pense qu'il reste dans votre esprit. C'est un livre très visuel. »

 

Si le livre a mis du temps à trouver son éditeur, en revanche selon Judy Carver, son père avait foi en sa valeur littéraire. Car il aura réalisé des dépenses importantes pour lui dans ces envois de colis à répétition. Au bout de l'ébauche manuscrite, on peut d'ailleurs lire la mention « 16.00, 2nd October 1952 ». Comme le colophon d'un travail achevé, mais encore loin d'être imprimé.