Sabine Wespieser inaugure un catalogue numérique, sans DRM

Clément Solym - 15.01.2012

Edition - Les maisons - livre numérique - Sabine Wespieser - catalogue


Preuve que l'optimisme est de rigueur, et que les éditeurs les plus méticuleux dans la conception de leurs ouvrages peuvent changer d'avis, les éditions Sabin Wespieser viennent d'opérer la bascule dans le domaine numérique. 

 

Selon le blog ePagine, ce sont deux titres qui ouvrent le bal et la danse : « Appréciée également pour la qualité de ses ouvrages (couverture typo, pages de garde, belle mise en page, encre marron…) la maison vient de faire un saut important en proposant à ePagine de fabriquer en ePub deux de ses nouveautés, Rêves oubliés de la violoniste Léonor de Récondo et Les Séparées de Kéthévane Davrichewy qui fait partie des cinq finalistes du prix RTL-Lire qui sera décerné le 15 mars 2012. »

 

Leur vente en version numérique se fera sans DRM, c'est-à-dire sans verrous restreignant les usages, au tarif respectif de 12,99 € et 13,99 € (contre 17 et 18 € en version papier). 

 

La protection des livres s'effectuera par watermarking, le fameux tatouage numérique. Les deux livres sont d'ores et déjà disponibles en librairie et dans les ebookstore. 

 

 

 

Rêves oubliés, de Léonor de Récondo

 

Quand il arrive à Irún où il espère rejoindre sa famille, Aïta trouve la maison vide. Le gâteau de riz abandonné révèle un départ précipité. En ce mois d'août 1936, le Pays basque espagnol risque de tomber entre les mains des franquistes. Aïta sait que ses beaux-frères sont des activistes.
Informé par une voisine, il parvient à retrouver les siens à Hendaye. Ama, leurs trois fils, les grands-parents et les oncles ont trouvé refuge dans une maison amie. Aucun d'eux ne sait encore qu'ils ne reviendront pas en Espagne.
Être ensemble, c'est tout ce qui compte : au fil des années, cette simple phrase sera leur raison de vivre. Malgré le danger, la nostalgie et les conditions difficiles – pour nourrir sa famille, Aïta travaille comme ouvrier à l'usine d'armement, lui qui dirigeait une fabrique de céramique.
En 1939, quand les oncles sont arrêtés et internés au camp de Gurs, il faut fuir plus loin encore. Tous se retrouvent alors au cœur de la nature, dans une ferme des Landes. La rumeur du monde plane sur leur vie frugale, rythmée par le labeur quotidien : les Allemands, non loin, surveillent la centrale électrique voisine, et les oncles, libérés, poursuivent leurs activités clandestines.
Écrit comme pour lutter contre la fuite des jours, le carnet où Ama consigne souvenirs, émotions et secrets donne à ce très beau roman une intensité et une profondeur particulières.
Léonor de Récondo, en peu de mots, fait surgir des images fortes pour rendre à cette famille d'exilés un hommage où une pudique retenue exclut le pathos.

 

Les SéparéesKéthévane Davrichewy

 

Quand s'ouvre le roman, le 10 mai 1981, Alice et Cécile ont seize ans. Trente ans plus tard, celles qui depuis l'enfance ne se quittaient pas se sont perdues.
Alice, installée dans un café, laisse vagabonder son esprit, tentant inlassablement, au fil des réflexions et des souvenirs, de comprendre la raison de cette rupture amicale, que réactivent d'autres chagrins. Plongée dans un semi-coma, Cécile, elle, écrit dans sa tête des lettres imaginaires à Alice.
Tissant en une double trame les décennies écoulées, les voix des deux jeunes femmes déroulent le fil de leur histoire. Depuis leur rencontre, elles ont tout partagé : leurs premiers émois amoureux, leurs familles, leur passion pour la littérature, la bande-son et les grands moments des « années Mitterrand ». Elles ont même rêvé à un avenir professionnel commun.
Si, de cette amitié fusionnelle, Kéthévane Davrichewy excelle à évoquer les élans et la joie, si les portraits de ceux qu'Alice et Cécile ont aimés illuminent son livre, elle écrit aussi très subtilement sur la complexité des sentiments. Croisant les points de vue de ses deux narratrices, et comme à leur insu, elle laisse affleurer au fil des pages les failles, les malentendus et les secrets dont va se nourrir l'inévitable désamour.
Car c'est tout simplement de la perte et de la fin de l'enfance qu'il s'agit dans ce roman à deux voix qui sonne si juste.