Sacrilège : l'Iran sait donner un coup de fouet aux poètes

Clément Solym - 03.11.2015

Edition - Justice - fouet justice - insulte sacré - poètes Iran


En Iran, deux poètes, Fatemeh Ekhtesari et Mehdi Mousavi, viennent d’être condamnés à, respectivement, 11,5 ans et 9 années de prison. La justice les a reconnus coupables de « propagande contre l’État » et d’avoir insulté des choses sacrées. Comble : ils écopent de 99 coups de fouet pour avoir serré la main de femmes, en dehors d’un contexte littéraire. 

 

 

 

Plus d’une centaine de poètes américains s’est immédiatement liguée pour tenter de dénoncer cette sanction honteuse, et particulièrement sévère. Dans une lettre qu’ils ont cosignée, ils s’adressent directement au guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, et l’exhortent à faire annuler ces peines. 

 

Diffusée par le PEN América, la lettre est brève, mais intense.

 

Dans un premier temps, les deux auteurs ont été mis en détention, et depuis décembre 2013, étaient prisonniers de l’Iran : plus d’un mois d’interrogatoire dans des conditions catastrophiques. Robert Pinsky, Claudia Rankine, John Ashberry, et Tracy K. Smith furent les initiateurs du courrier, bientôt suivis par des dizaines d’autres. 

 

« Nous sommes profondément préoccupés par les peines inhumaines imposées contre Mme Ekhtesari et M. Mousavi, pour s’être simplement exprimés dans le cadre de leur créativité artistique. Le fait d’écrire de la poésie n’est pas un crime », expliquent-ils à l’ayatollah.

 

« La liberté d’expression est un droit fondamental inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme, permet à la créativité de s’épanouir et de encourage la création d’une grande littérature. L’Iran a une culture littéraire longue et dont elle peut être fière. 

 

En tant que poète et érudit nous vous demandons de ne pas autoriser que cet héritage soit terni par un traitement si cruel et injustifié, promis à ces deux écrivains. Le travail des poètes mérite d’être célébré comme une contribution à la riche tradition, et non réprimé.

 

Leurs peines sévères relève d’une inquiétante tendance où la pression sur les artistes et les personnalités du monde culturel ainsi que les journalistes s’accentue. »

 

Et de conclure en demandant au guide suprême « d’abroger immédiatement les sanctions prononcées contre Fatemeh Ekhtesari and Mehdi Mousavi ». 

 

Il est également possible d’apporter sa signature à la liste, à cette adresse.

 

Fatemeh Ekhtesari a 31 ans, elle a également été condamnée pour avoir fait un usage non autorisé de publication de contenu dans le cyberespace. Mehdi Mousavi, lui, est âgé de 41, et sa poésie est réputée pour le traitement poignant des questions sociales.