Sade et ses 120 journées de Sodome acceptés en Corée du Sud

Clément Solym - 15.10.2012

Edition - International - Corée du Sud - Marquis de Sade - interdiction


L'école du libertinage, plus communément appelée Les 120 journées de Sodome, est l'un des meilleurs écrits du marquis de Sade. Or, la Corée du Sud avait décidé mi-septembre de censurer l'ouvrage. « Une grande partie du livre est extrêmement obscène et cruel, avec des actes de sadisme, d'inceste, de bestialité et de nécrophilie », déplorait Tag Jang-Hwan, fonctionnaire membre de la Commission d'éthique pour l'édition nationale. 

 

 

 

 

 

Interdiction donc de se régaler de ce « catalogue de perversions », comme le qualifiait Paulhan, quand on habite sur le territoire coréen. 

 

Mais par un jeu de patience et de consultations, l'organisme de régulation a décidé de revenir sur sa décision. Jang Tag-Hwan en personne, s'explique auprès de l'AFP : « Les auditeurs de la commission, après avoir étudié les documents remis par la maison d'édition, ont conclu que le livre avait été écrit pour plonger dans le côté sombre de l'âme humaine et non pour simplement provoquer une excitation liée au sexe ou à la violence. »

 

Ainsi, donc, la maison d'édition Dongsuh Press, qui vantait les mérites et qualités littéraires de ce livre, a su convaincre l'agence de censure. Laissons alors la parole au marquis : 

C'est maintenant, ami lecteur, qu'il faut disposer ton cœur et ton esprit au récit le plus impur qui ait jamais été fait depuis que le monde existe, le pareil livre ne se rencontrant ni chez les anciens ni chez les modernes. Imagine-toi que toute jouissance honnête ou prescrite par cette bête dont tu parles ans cesse et que tu appelles nature, que ces jouissances, dis-je, seront expressément exclues de ce recueil et que, lorsque tu les rencontreras par aventure, ce ne sera jamais qu'autant qu'elles seront accompagnées de quelque crime ou colorées de quelque infamie... 

 

Comment le grand écart se fait-il donc entre un ouvrage dit « extrêmement obscène et cruel » et finalement, une oeuvre aux qualités littéraires admises et vantées - alors que c'était incompatible voilà encore quelques semaines. L'éditeur avait d'ailleurs dénoncé l'instauration d'une « dictature culturelle », rappelant que plusieurs pays démocratiques européens, occidentaux, et même le Japon, le commercialisaient sans peine. 

 

Pour Lee Yoong, responsable de la maison d'édition, la décision d'interdire le livre était stupide. « Il existe de nombreux livres pornographiques disponibles partout. Je ne comprends pas pourquoi ce livre, important pour la recherche universitaire, pour les psychiatres ou des experts en littérature, devrait être traité si différemment. »

 

Néanmoins, si les Coréens retrouveront le livre sur les tables de librairies, il faudra montrer patte blanche et sa carte d'identité, puisqu'il reste interdit à la vente aux jeunes de moins de 19 ans. Par ailleurs, il est présenté comme une « publication nocive pour les mineurs » et sera vendu sous blister.