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Safig, propriété de Jouve, placée en redressement judiciaire

Clément Solym - 19.07.2013

Edition - Economie - redressement judiciaire - société Safig - numérisation patrimoniale


L'information n'est pas du tout une bonne nouvelle. Nous apprenons en effet que la société Safig située à Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis a été déclarée en redressement judiciaire par le tribunal de Tribunal De Commerce De Bobigny. Depuis 2010, la société connaissait des difficultés financières à répétition, qui l'ont amenée à être rachetée par Jouve, la société spécialisée dans la numérisation. 

 

 

 

 

Pour l'année 2011, le groupe Jouve-Safig réalisait 150 millions €, mais les résultats étaient en recul, et le redressement judiciaire est intervenu le 31 mai dernier. Jouve, de son côté, avait lancé un PSE, alors que son résultat pour l'année 2011 basculait dans le rouge. Près de 100 postes étaient alors concernés par le PSE, dans le cadre de négociations menées entre la direction et les partenaires sociaux. 

 

L'administrateur judiciaire, Patrice Brignier, n'était pas disponible pour nous apporter d'explications sur la situation de la société Safig, de même pour le mandataire judiciaire, Moyrand Bally SCP. 

 

Le P.D.G. du groupe Jouve déclarait, lors du rachat : « Ce rapprochement confirme la volonté stratégique du Groupe de se renforcer sur les métiers du BPO et de la numérisation patrimoniale en vue d'une croissance sur le long terme. » Safig est en effet spécialisée dans le Business Process Outsourcing et offre des solutions de dématérialisation et de traitement de documents.

 

En outre, cette acquisition mettait un terme à la lutte entre les deux sociétés pour obtenir les contrats de numérisation de la BnF. Jouve-Safig devenait alors le principal prestataire de la Bibliothèque nationale de France pour la numérisation de ses fonds patrimoniaux. 

 

Ni Jouve ni Safig n'étaient disponibles pour nous apporter des précisions sur cette situation. 

 

Le registre des oeuvres indisponibles en embuscade

 

Rappelons cependant que le groupement Jouve-Safig-Diadeis devait s'occuper de la numérisation de 10.000 des 60.000 premières oeuvres présentes dans la base du registre ReLIRE. ActuaLitté avait pu obtenir de plus amples renseignements, et découvrir que pour opérer cette numérisation, le président de la BnF, Bruno Racine, avait ponctionné sur les fonds alloués à la numérisation du patrimoine. 

 

En effet, la numérisation opérée par Jouve-Safig-Diadéis est financée par le biais de crédits versés par le Centre National du Livre (CNL), eux-mêmes issus de la redevance pour copie privée, dont les Français s'acquittent lorsqu'ils achètent des supports vierges et des appareils électroniques. Ces crédits représentent de véritables subventions, sans obligation de remboursement de la part de la BnF, ce qui lui a permis de mettre en ligne jusqu'à présent les oeuvres du domaine public. Ce mode de financement est particulièrement « sain », car s'agissant d'une taxe affectée, il n'impacte pas les finances de l'État, tout en permettant la mise en ligne du patrimoine national en accès gratuit, pour le bénéfice de tous.

 

Or Bruno Racine, président de la BnF, affirme que ce sont les restrictions budgétaires qui l'ont obligé à se tourner vers d'autres solutions, impliquant d'accepter que les ouvrages ne seront pas mis en ligne pendant 10 ans, le temps que la firme ProQuest, choisie dans le cadre des partenariats, puisse rentabiliser les investissements nécessaires à la numérisation des ouvrages anciens.

 

Mais si la BnF manque d'argent pour numériser le domaine public, comment se fait-il qu'elle décide de numériser entièrement à ses frais, sur les crédits du CNL, 10.000 livres indisponibles, amputant d'autant au passage la part à consacrer au domaine public ? Ce faisant, elle offre aux éditeurs français un immense cadeau, car sans cette manne providentielle, ces 10.000 premiers indisponibles auraient dû être numérisés avec l'argent des Investissements d'avenir, impliquant à terme un remboursement. 

 

Les éditeurs dans ce dispositif sont triplement gagnants : ils conservent par la loi leurs droits sur les ouvrages, alors qu'ils auraient dû retourner légitimement aux auteurs pour défaut d'exploitation ; la numérisation des fonds est entièrement prise en charge par la BnF, sur des fonds publics ; la commercialisation des ouvrages leur assurera un retour financier, via une société de gestion collective (certainement la SOFIA, en tout état de cause). (voir notre actualitte