Saga, la première librairie de l'Imaginaire à Montréal depuis 20 ans

Nicolas Gary - 22.11.2019

Edition - Librairies - librairie Imaginaire Montréal - Matthieu Lauzon-Dicso - éditeurs imaginaire livres


Les littératures de l’imaginaire au Québec, c’est l’Espagne de Nougaro, qui pousse en Toulouse un peu sa corne. Au cours des trois dernières années, le secteur éditorial s’est développé chez des éditeurs que l’on n’attendait probablement pas dans ces « mauvais genres ». Au point que de nouvelles perspectives s’ouvrent pour la librairie. 


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Si l’on parle d’Imaginaire dans la Belle Province, Mathieu Lauzon-Dicso revient rapidement dans la conversation. Enseignant en Cegep, il est à l’origine du Prix des Horizons Imaginaires, dont l’édition 2019 s’est déroulée au Salon du livre de Montréal. Christiane Vadnais, la lauréate pour Faunes, s’inscrit dans une liste d’auteurs québécois — si, si — sélectionnés et lus par des lycéens, qui découvrent ces littératures — fantasy, science-fiction, horreur, etc.

Ayant monté le prix à la force de l’enthousiasme, Mathieu est désormais rejoint par l’UNEQ, l’association des auteurs, et Copibec, la société de gestion locale. Mais l’intéressé ne s’arrêtera pas en si bon chemin, tant s’en faut.

« La dernière librairie spécialisée était tenue par Claude Lalumière, un auteur francophone qui écrit en anglais : c’était Nébula, et elle a fermé en 2000. Il existe aussi à Toronto un établissement anglophone uniquement, Bakka-Phoenix, mais à Montréal, plus rien », explique-t-il à ActuaLitté.

À l’occasion de la soirée d’inauguration du Salon, Valérie Plante, la mairesse, avait souligné « que notre ville est une ville du livre, ce dont nous pouvons être fiers. Et il faut saluer ce dynamisme ». Précisément l’une de ces passions que porte l’enseignant — qui officie en littérature française, dans un établissement… anglais.

« Voilà quelques années, cela n’aurait pas marché, mais désormais, les mondes se croisent, les éditeurs développent des collections et introduisent de la science-fiction dans leur ligne plutôt faite de romans contemporains », indique-t-il. Et pour cause, Le Quartanier, La peuplade, la création de la maison Kata et bien d’autres signes attestent d’un intérêt grandissant.

Et voici comment la Librairie Saga, autrement appelée Saga Bookstore, parce qu’elle proposera des titres en français et en anglais, voit le jour. Verra, plutôt : « Je vais ouvrir en mai 2020, même si la structure administrative est déjà fondée. Sans même avoir de local, j’ai d’ailleurs réalisé des ventes pour des universités. »

Matthieu Lauzon-Dicso
Mathieu Lauzon-Dicso - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
Saga sera donc la première librairie spécialisée en mauvais genres, depuis 2000 à Montréal, et s’implantera dans le quartier, lui-même très anglophone, de Notre-Dame-de-Grâce. « C’est bien du fait de cette évolution qu’il devient possible de proposer une offre de livres qui auraient été des romans québécois, en les présentant comme des œuvres de science-fiction », reprend le futur libraire. 

Saga ne s’arrêtera cependant pas aux genres de l’Imaginaire ; sont prévus du policier, de l’histoire ou encore… de la romance. « L’idée est de développer une expertise spécifique, au croisement des cultures, autant qu’un lieu où tous les professionnels pourront se retrouver. » Et puis, évidemment, les lecteurs trouveront une offre plus classique, avec la perspective d’obtenir l’agrément qui permettra de travailler avec les établissements publics.
 

Nouveau lieu, mais problématiques similaires


Au lancement, un crowdfunding accompagnera la librairie : six ambassadeurs, autrices et auteurs francophones et anglophones, dont certains jouissent d’une réputation internationale, rejoignent le projet. « Au lancement, il y aura une exposition de photos avec eux, qui seront proposées à la vente », relève Mathieu, qui insiste : « Je n’ai pas de formation commerciale, mais avec le prix des Horizons imaginaires, j’ai appris comment gérer 200.000 $ CA sur trois ans, découvert la collecte de fonds, le démarchage, les négociations avec des investisseurs… »

Apprendre sur le tas, la meilleure des formations, somme toute. « Il est évident que dans le quartier, il manque une librairie bilingue : il y a des bouquinistes, mais ça ne couvre pas tous les champs non plus. Et surtout, il émane de NDG un désir de soutenir les commerces de proximité, une chaleur des habitants où l’on bascule d’une langue à l’autre sans effort. »

Le local fera près de 280 m2 et bénéficiera de la fibre pédagogique – l’objectif est d’employer une équipe jeune, pourquoi pas constituée d’anciens élèves. Et puis, un salon de thé. « On fera du café si vraiment on nous le demande », plaisante Mathieu, « mais je trouve que le thé convient mieux à la lecture ». À déguster au comptoir ou à empor-thé, évidemment.


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« Le livre reste central, mais il peut devenir objet de discussions. J’imagine un lieu traditionnel, pour des rencontres, des soirées, des tables rondes, mais aussi une salle de montre [un show-room, en bon anglais, Ndlr], plutôt que de proposer des catalogues en ligne. Je sais que l'on considère cela comme des espaces morts, mais si l’on complète avec des tables de coworking, un espace où un auteur peut organiser un atelier d’écriture. »

Et puis, un podcast, des projets transversaux, faire de Montréal, en somme, un lieu de convergence. « Le Congrès Boréal, dédié aux littératures SFF québécois se tiendra en 2020, c'est un premier rendez-vous. Ensuite, se déroulera à Montréal la  World Fantasy convention, en novembre, une convention mondiale autour de la fantasy : nous devons en faire partie. »

Avant d’ajouter : « Mon rêve, si la croissance se poursuit, est que Montréal devienne un épicentre pour les littératures de l’Imaginaire, et parvienne à recevoir davantage d’auteurs étrangers — s’ils passent à Toronto, qu’ils s’arrêtent chez nous. Nous sommes accueillants et plutôt sympathiques, paraît-il. »

Sourire malicieux, mais le propose est ferme, assuré, la volonté se sent : au carrefour nord-américain, le bilinguisme de Montréal devient une force pour des littératures à la mauvaise réputation. 

Mais la ville représentera désormais une alliée, pleine de bienveillance et de Saga-cité…


Dossier - Salon du livre de Montréal 2019 : Se raconter 


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