Saint Tin, une suite de Tintin ? C'est tellement stupide

Clément Solym - 10.01.2011

Edition - Justice - tintin - hergé - procès


Le 6 janvier dernier se tenait au Tribunal de Grande Instance de Paris une petite séance de sport : Moulinsart SA tentait une fois de plus de museler l'éditeur Artconsil, qui publie les romans de Gordon Zola, Saint Tin.

Et si, contrairement à la première instance, l'attitude de l'avocate de Moulinsart, Me Vatrin, était nettement moins policière, Gordon Zola, contacté par ActuaLitté sort de cette épreuve avec un certain soulagement. L'affaire est encore loin d'être gagnée, puisqu'il faudra attendre le 11 février pour le délibéré. Simplement...

Gordon Zola, en cravate, durant le Salon du livre 2010

Simplement, l'écrivain, revenant sur les plaidoiries, souffle un peu. « La partie adverse s'engluait tellement, que c'en était presque drôle. Ne pas voir la parodie dans Saint Tin, c'est incroyable. » (notre actualitté)

Parodie, et non pastiche, comme cela avait été soulevé par le président. « Le pastiche, c'est faire “à la manière de”, et Saint Tin n'est pas une BD. Or, les romans sont bien des explorations de la psychologie des personnages, tout en leur donnant une tournure boursouflée, décalée », estime Gordon Zola.

Une suite ? Non mais oh !

« Toute cette procédure n'a aucun sens. Et c'est bien pour cela que le seul axe que leur avocate a pu utiliser, c'est celui qui cherche à revenir sur la notion de parodie, puisqu'ils ont été déboutés concernant la contrefaçon. En tentant de montrer que Saint Tin est une suite, et qu'à ce titre, les livres violent le désir de Hergé que l'on ne continue pas son oeuvre, elle n'est parvenue qu'à patauger. C'est aussi le moyen de dire que l'on viole les droits. Dire que Saint Tin est une suite de Tintin, c'est tellement stupide... Mais c'est la seule ligne de défense qui leur reste. »

Une preuve parmi tant d'autres : les agents Yin et Yang, contrepoints drolatiques de Dupont et Dupond. « Quand Hergé déguise ses policiers avec des vêtements qui font couleur locale, dans les pays où ils se déplacent, je les travestis en antenne télé ou en coucou suisse », explique Gordon Zola.

Eh oui : c'est si simple, que l'évidence doit être trop grosse pour Moulinsart SA et Nick Rodwell... « La chose que je ne comprends pas, c'est l'absence de Casterman de tout ce débat. Moulinsart ne publie rien dans le domaine de la fiction, ni d'oeuvres auxquelles nous aurions pu nuire, si c'est possible, avec Saint Tin. En fait, ils ne proposent que des exégèses ou des figurines. Alors que Casterman, c'est l'éditeur de Tintin... »

Contacté par ActuaLitté, Casterman nous explique ne pas vouloir prendre position dans cette affaire. « Moulinsart SA détient les droits », nous répond-on, laconiquement.

Reste une mystérieuse phrase, lancée par le président avant les plaidoiries. « Les plus grands tintinophiles sont dans ce tribunal », a-t-il dit, en évoquant le TGI... Quand on connaît l'affection desdits tintinophiles à l'égard de Rodwell...