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Salaire : les écrivains britanniques sous le seuil de pauvreté

Clément Solym - 08.07.2014

Edition - Economie - revenus écrivains - moyenne - seuil pauvreté


La Authors Licensing & Collection Society vient de présenter une étude commandée à l'université Queen Mary de Londres, concernant le salaire des écrivains. Et pour l'année 2013, un écrivain professionnel a perçu 11.000 £ en moyenne, soit plus de 5000 £ en deçà du seuil considéré comme le minimum vital. 

 

 

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ntr23, CC BY SA 2.0

 

 

L'étude intitulée "What are words worth now?" (Que valent les mots aujourd'hui ?) se base sur l'analyse des réponses fournies par 2454 auteurs, avec 56 % d'hommes et 44 % de femmes. Et sur l'ensemble des répondants, seuls 11,5 % sont des auteurs qui consacrent la majorité de leur temps à l'écriture, et vivent de leur plume. 

 

Deux choses attirent l'oeil. Tout d'abord, le revenu médian diminue de 29 % en regard de 2005, où il était de 12.330 £. Mais dans le même temps, le nombre d'auteurs à temps plein diminue également de 40 % par rapport à cette même année. Selon la Fondation Joseph Rowntree, centrée sur le développement caritatif, les gens doivent gagner 16.850 £ par an, avant impôt, pour vivre décemment. 

 

Considérant la diminution des revenus d'auteurs, l'ALCS conclut qu'il est logique de voir le nombre d'auteurs à temps plein soit en forte diminution. Owen Atkinson, directeur de l'organisation commente : « Ces faits sont préoccupants pour les écrivains. Le déclin rapide tout à la fois des revenus et du nombre d'auteurs à plein temps pourrait avoir des conséquences graves pour le succès économique des industries créatives au Royaume-Uni. »

 

Alors que les auteurs participent pleinement à l'essor économique du pays, « ils doivent être rémunérés équitablement pour leur travail. Cela signifie leur assurer des contrats équitables et clairs, avec des conditions justes et un régime de droit d'auteur qui soutient les créateurs et leur capacité à gagner leur vie de leurs créations ».

 

L'enquête n'a par ailleurs pas négligé la dimension autopublication, et la position de l'auteur indépendant. Plus de 69 % des répondants ont assuré que le contrat signé leur a permis de conserver leurs droits d'auteurs, ce qui les a placés dans une meilleure position pour la négociation avec les sociétés. Un quart des répondants est passé par l'autopublication, et 86 % d'entre eux affirment qu'ils récidiveront. 

 

Mal Peet, lauréat de la Carnegie medal, décernée par le Guardian confirme la tendance : « Mes revenus directs de vente sont exécrables - littéralement abjects. Il y a eu une baisse radicale de mes revenus au cours de ces dernières années. Je vis de mes écrits, mais parce que j'ai un catalogue de livres éducatifs dont les ventes ne cessent pas. Et j'ai une pension, et je dois reprendre la route en permanence. Parce que j'ai une certaine réputation, je peux demander une avance de 25.000 £, mais alors, il faut passer tout une année à écrire ce livre. »

 

Or, l'auteur ne percevra aucune somme, une fois le livre commercialisé, tant que les ventes n'auront pas dépassé 25.000 £ de droits d'auteur. Chose qui peut prendre jusqu'à cinq années.